Salut! Ça va?

Chaque élément a sa place : mon premier séminaire des enseignants de français de Russie

Je suis fan de grammaire.

Pour moi, la grammaire, c’est une structure. Un système où chaque élément trouve sa place, où tout s'emboîte, où les exceptions elles-mêmes finissent par révéler une cohérence profonde si on les regarde assez longtemps.

C’est cette passion qui m’a amenée, un peu par surprise, au 35ème Séminaire des Enseignants de français de Russie. Comme si la grammaire elle-même, avec sa logique imparable, avait tracé pour moi un chemin que je n’avais pas choisi mais qui m'attendait. Comme si chaque règle apprise, chaque exception comprise, chaque métaphore trouvée m'avaient doucement poussée vers cette salle, vers ce moment précis.

Je venais pour la première fois.

Et dans une structure aussi ancienne, aussi rodée qu’une Association des Enseignants de Français de Russie qui en était à son 35ème Séminaire, être « la nouvelle » – c'est un peu comme une exception grammaticale. On arrive, on observe, on cherche sa place dans le système. On ne sait pas encore si on va s’intégrer, si on va détonner, si on va rester en marge.

C’est cette sensation que j’avais en franchissant les portes du Séminaire.

Et puis, très vite, quelque chose s’est produit.

Je me suis sentie dans mon élément.

Comme un verbe irrégulier qui, après avoir été observé de près, finit par révéler sa propre logique. Comme une règle complexe qui, une fois éclairée par une métaphore juste, devient soudain évidente. Comme le système des temps du français qui ne fait plus peur dès qu’on accepte de le regarder d’assez haut pour en voir toute la cohérence et la logique.

Les organisateurs, la Présidente de l’Association, les professeurs croisés entre deux ateliers – tous m’ont accueillie comme si j’avais toujours été là. Comme si ma place parmi eux allait de soi.

Il n’y avait pas d’« exceptions » dans cette assemblée. Il n’y avait que des éléments, chacun à sa place, formant un tout cohérent.

Ces Séminaires, j'ai découvert, sont bien plus que des rencontres académiques. Dès l’entrée, j’ai été frappée par une énergie particulière. Une lumière douce dans le hall, des voix qui s’élevaient et se mêlaient, des éclats de rire qui faisaient vibrer l’air d’un bonheur doux.

Des groupes qui se formaient et se déformaient, comme des phrases que l’on construit et que l’on recompose. Des gens qui se reconnaissent après des mois sans se voir – et soudain, c'est comme s’ils avaient été toujours ensemble. Les conversations reprenaient là où elles s'étaient arrêtées. Dans les gestes, dans les regards on pouvait lire cette aisance tranquille de ceux qui n’ont jamais vraiment été séparés. Comme si l’amitié avait simplement attendu patiemment ce moment de retrouvailles.

Des retrouvailles entre des gens venus de France, du Maroc, de l’Algérie, de Russie, et de bien d’autres pays encore – tous unis par un même fil rouge : leur amour pour la langue française. Ce fil, je l’ai senti partout. Dans les conversations improvisées entre deux ateliers, dans les questions posées avec une curiosité sincère, dans cette façon qu'ils avaient tous de parler du français non pas comme d’un outil, mais comme d'un être vivant – qu'on aime, qu’on chérit, qu’on protège.

Il y avait dans l’air comme un parfum de rentrée des classes, cette excitation mêlée de douceur qu’on avait enfant. Avec cette impression que tout peut arriver, tout est possible, que les portes sont ouvertes, que les rencontres les plus belles sont encore à venir. Une légèreté, aussi, celle de se retrouver entre gens qui partagent la même passion sans avoir besoin de se justifier.

J’ai vu des professeurs échanger, rire, débattre, se passionner. J’ai vu des regards qui s'allumaient face aux nouvelles idées – des étoiles qui s'allumaient une à une dans la salle, comme dans le ciel de la métaphore que j’utilise habituellement pour expliquer le sens du passé composé. La grammaire, décidément, n’a jamais été si vivante.

Enfin, j’ai vu une famille.

La famille qui m’a acceptée naturellement. Pas parce que j’essayais de m’imposer, mais juste parce que j’étais là, avec ma passion, avec mon approche, avec mes « cartes » et mes métaphores.

Et je suis repartie avec bien plus que des retours positifs sur mon atelier.

Je suis repartie avec la certitude que notre métier, souvent solitaire, gagne infiniment à se vivre en collectif. Je suis repartie avec des visages, des noms, des discussions de couloir. Je suis repartie avec la conviction que la meilleure façon d’enseigner une langue, c'est de vivre sa beauté ensemble. Car si je suis venue pour partager, je suis repartie riche des autres. J’ai assisté à des communications passionnantes, découvert des approches nouvelles, noté des références, des conseils. J’ai compris que dans cette association, donner et recevoir ne font qu’un.

C’était donc ce qui m’a frappée le plus – dans l’Association des Enseignants de Français de Russie comme dans la grammaire, tout s’emboîte.

Alors merci. Merci à la Présidente, à toute l’équipe organisatrice, et à chaque professeur croisé. Vous m'avez offert bien plus qu'un accueil chaleureux. Vous m’avez offert la preuve que les exceptions n’existent que dans les catalogues des règles. Dans la vraie vie, il suffit de trouver son chemin.

Je suis heureuse d’avoir trouvé le mien au sein de votre magnifique Association. Et c’est peut-être cela, la plus belle règle qu’on m'ait jamais enseignée : quand on aime vraiment quelque chose, on finit toujours par y trouver sa place.

Daria Kindundu
Professeur indépendante
Moscou (Russie)
2026-04