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Franck-Diki Dikisongele Zatumua : « L’art est un anti-destin, il nous empêche de mourir »

Franck-Diki Dikisongele Zatumua est un artiste-peintre, enseignant, curateur d’expositions, consultant en arts. Licencié en peinture de chevalet et monumentale et en sciences de l’art, il est titulaire d’un DEA en communication sociale de l’Université des sciences de l’information et de la communication. Il enseigne à l’Académie des beaux-Arts de Kinshasa ainsi qu’à l’Institut supérieur des arts et métiers de Kinshasa et Lubumbashi. Parallèlement, il coordonne le collectif « Terre d’artistes ».

Quand et comment avez-vous commencé à faire de la peinture ?
Je le dois à ma mère qui, grâce à son attention pointue, a su déceler mes aptitudes artistiques et qui ensuite décida de m’envoyer à l’école des beaux-arts. Paix à son âme, elle qui n’a pas pu voir l’éclosion de mon art. Profonde gratitude, chère mère.
J’ai commencé à faire de la peinture dès mon accession à l’école supérieure des beaux-arts de Kinshasa en 1989 après mon baccalauréat. Dans mes heures libres après les cours, je fréquentais l’atelier de maître en peinture, Roger Botembe, l’un de mes enseignants dans le département de peinture auprès de qui j’ai bénéficié d’un encadrement quasi-total dans cette discipline. Ma première exposition remonte à 1991, étant encore étudiant à l’école des beaux-arts. C’est le début du parcours…

Vous rappelez-vous votre tout premier tableau ?
Je ne me souviens plus de mon premier tableau dans mes débuts balbutiants mais certes, je me rappelle mon premier tableau réussi après plusieurs tentatives d’essai et d’erreur, vendu, qui a donné le démarrage sans arrêt jusque-là. C’était un sujet du réalisme (le personnage masculin) sur le port de navire, intitulé « Le docker ».

À quelle école artistique appartenez-vous et quel est le style que vous développez à travers votre peinture ?
Généralement dans l’art abstrait, mais je développe depuis, dans mon parcours artistique un style figuratif-abstrait qui me permet de saisir entre le réel et le vrai, la qualité essentielle de l’existence de l’être dans l’art de peindre. Tout est concret, tout est abstrait, cela dépend de l’incision que l’on veut donner.

Parmi l’ensemble de vos œuvres, est-ce qu’il y a un tableau qui vous est particulièrement cher au cœur ?
L’inconfortabilité de ma posture à cette préoccupation est du fait purement de l’insatisfaction artistique. Étant en quête de mieux faire pour saisir le beau artistique, chaque arrivée d’une œuvre signée et datée, le désir de faire mieux me pousse à aller plus loin encore et le plus loin possible. J’aime l’œuvre finie, mais j’envie encore celle qui est en gestation dans mon âme que je ne connais pas suffisamment, mais mon esprit d’artiste négocie avec la dimension technique la concrétude. Tout est cher particulièrement dans mon cœur d’artiste.

Et quelle est votre source d'inspiration ?
La nature dans toute sa complexité diverse m’inspire du point de vue thématique. Et ma culture africaine m’inspire en général autant, que du point de vue symbolique et expressif. La forme et le fond des signes - symbole porteurs des sens. Sens comme signification et sens comme direction entreprise.

Qu’est ce qui est plus important pour vous : la création ou le résultat ?
C’est la création, parce que c’est le « pourquoi » de l’art, l’art comme création. Le résultat me semble la prouesse technique, l’instrument dont l’art se sert pour manifester son for intérieur, donc donner la concrétude de la subjectivité.
Ici j’entends par l’art, la création. Wölfflin le confirme, il dit : « Si l’art est une création, il n’est soumis à aucune contrainte technique, l’artiste ne jouit que de son seul privilège de démiurge ». L’objet de l’art, c’est le beau et son résultat, c’est le rapport dialectique entre l’esprit de l’artiste et les éléments de la nature, d’une action créatrice à partir des matériaux préexistants, à l’aide des procédés techniques qu’il élabore pour atteindre la création artistique. L’idéal.

Qu’est-ce que vous ressentez en peignant ?
La satisfaction dans l’âme, je me rejoins intérieurement, je parle à moi en moi-même. Je ressens le revêtement de la puissance d’exister, le fait de donner existence à quelque chose qui ressemble à ma vision. C’est le moment de la révélation de mon monde intérieur où je donne forme concrète à mes pensées abstraites qui partent à la rencontre de l’autre ou des autres dans le monde.
Peindre, c’est « Moi» avec le monde. C’est toute une prière, connexion avec le Divin créateur, source de toute inspiration, Artiste par excellence.

Quelle est votre couleur préférée ?
Être un bon coloriste n’est forcément pas être un bon peintre. En tant que peintre, dans mon espace pictural les couleurs moins appliquées ont une grande importance dans l’ordre diachronique, qui permettent de ressortir celles qui sont forcément remarquables à première vue.
Je pense que toutes ces couleurs sont mes préférences tant qu’elles jouent leurs rôles chacune d’elles, techniquement parlant, c’est pour mettre en exergue une dimension soit thématique soit symbolique, etc.

Comment voyez-vous la prédestination de l’art ?
L’art à la quête du beau, le beau comme propriété de l’être, la qualité par laquelle on peut définir un peuple, donne le sens de la vie et le lien avec sa spiritualité dans la société.
L’art étant langage universel, il transmet les valeurs d’une société sur tout le plan. Une des possibilités qui peut aussi ouvrir une voie de réflexion à la transformation de nos capacités culturelles artistiques et techniques au profit du développement durable de nos sociétés.
L’art cristallise nos sociétés en tant que gardien de mémoire collectif, des civilisations : témoin de l’histoire, de croyances, d’identités culturelles et exploits de prouesses techniques.
Dans sa prédestination, l’art moyen de communication transforme, éveille les consciences, inspire le changement des mentalités, enrichit les hommes par des mouvements sociaux et culturels dont l’art contemporain et moderne peut porter.
Un instrument, un ferment de cohésion sociale locale et universelle entre les peuples et les communautés moins connus. Il est le reflet des réalités sociales, politiques et culturelles en exprimant les sentiments, les pensées et les différentes visions des peules au travers des différentes disciplines artistiques universellement connues : musiques, danses, théâtres, performances, installations, peintures, culinaires, littératures, cinémas… L’art est un anti-destin, il nous empêche de mourir !

Quels sont vos projets à venir ?
Je suis en train de préparer une grande exposition sur la thématique « La réappropriation, temps explosif ».
En ce qui concerne mes projets dans le domaine de l’éducation, je suis à la recherche de partenaires pour la création d’une grande école supérieure internationale d’art, en dehors de la ville de Kinshasa au Kongo-central en pleine nature, dans la forêt, avec une formation axée sur les échanges multidisciplinaires et des regards croisés des artistes professionnels et des jeunes en formations en vue de favoriser les compétences professionnelles des jeunes.

Questionnaire de Proust


Votre vertu préférée ?
L’humilité

La qualité que vous préférez chez un homme ?
La sincérité

La qualité que vous préférez chez une femme ?
La fidélité sincère

Votre principale qualité ?
Le bon sens

Votre rêve de bonheur ?
Vivre en paix de Dieu en Jésus-Christ

Quel serait votre plus grand malheur ?
Renier ma foi chrétienne

La couleur que vous préférez ?
Je préfère m’habiller en noir

Où préféreriez-vous habiter ?
Chez moi, là où déjà j’habite

Vos auteurs favoris en prose ?
Valentin-Yves Mudimbe, Zamenga Batukezanga, Kama Sywor Kamanda

Vos poètes préférés ?
Léopold Sédar Senghor, Tchikaya U Tam’si

Vos compositeurs préférés ?
Simaro Lutumba, Alain Moloto

Vos peintres favoris ?
Roger Botembe, Ma Nkondo Mavinga

Vos héros dans la vie réelle ?
Ma mère Hélène Ntukulu N’Lombi, mon épouse Rebecca Ebia Ekutshu

Le fait militaire que vous admirez le plus ?
Défendre la patrie jusqu’au sacrifice suprême, la libération d’otages et des zones occupées

Votre état d’esprit en ce moment ?
Toujours calme et paisible en Jésus-Christ.

Comparu devant Dieu, qu’est-ce que vous lui diriez ?
Garde-moi avec toi en Jésus-Christ de Nazareth.

Préparé par Olga Kukharenko

2026-04