Charles Almeida: « Quand je peins, je ne sens plus rien autour de moi »
Charles Almeida, dit Dalcy, est un artiste visuel béninois né à Cotonou. Initialement diplômé en Techniques Commerciales et Marketing de l’ENEAM, il s’est peu à peu tourné vers l’art, guidé par une profonde passion pour les problématiques culturelles béninoises, notamment celles liées à l’histoire des afro-descendants, et plus précisément des Agoudas.
Issu de cette communauté, Dalcy inscrit son travail dans une démarche de revalorisation et de transmission de cet héritage familial et culturel. Il puise son inspiration dans le « Bourian », une fête folklorique agouda où des figures masquées, humaines et animales, animent un rituel entre mémoire et spectacle. Ses œuvres, en capturant les formes et postures de ces personnages masqués, revisitent cette tradition pour interroger des enjeux contemporains.
Au-delà du travail de mémoire, Dalcy oriente également sa création vers une réflexion sur la perception du handicap dans nos sociétés. Il donne à voir les corps marginalisés, interroge leur visibilité et questionne la manière dont ils sont perçus et traités. Cette approche sociale et critique confère à son œuvre une profondeur singulière, entre engagement identitaire et regard humaniste.
Grâce à ses nombreuses expositions et collaborations, Dalcy poursuit son exploration plastique et continue de faire découvrir ses recherches artistiques. Son travail, à la croisée de la tradition et de la modernité, pose un regard sensible et engagé sur la mémoire, l’altérité et la condition humaine
Quand et comment avez-vous commencé à faire de la peinture ? J’ai commencé à m’intéresser à l’art en 2017. Après mon cursus universitaire, quand je travaillais dans un cabinet de marketing, je m’ennuyais au boulot et j’ai commencé à dessiner. En même temps je lisais énormément de livres, me motivant beaucoup. Alors, je me suis mis à la peinture et depuis je n’ai plus jamais laissé.
Vous rappelez-vous votre tout premier tableau ? Oui, c’était une reproduction figurative d’une femme africaine. À l’époque je lisais plusieurs magazines et c’est comme ça que j’ai commencé à reproduire des dessins. Je ne le garde plus parce que je l’ai vendu plus tard ainsi que d’autres peintures que j’ai réalisées.
Quel est le style que vous développez à travers votre peinture ? Je suis un artiste autodidacte, je n’ai fréquenté aucune école d’art. Il y a ce qu’on appelle chez nous l’école des aînés ou des devanciers. Étant curieux de l’art contemporain je me suis rapproché de l’artiste devancier Jean Baptiste Sessi, il n’est pas très connu localement mais talentueux. Je l’observais travailler tous les jours et c’est comme ça que j’ai pu m’exercer moi-même sur son lieu de travail ou chez moi quand je rentre. Mon art peut être considéré comme semi-abstrait, mais je laisse toujours le débat ouvert pour permettre au public ou autre de l’appréhender autrement.
Parmi l’ensemble de vos œuvres, est-ce qu’il y a un tableau qui vous est particulièrement cher au cœur ? J’adore toutes mes œuvres car elles ont chacune des histoires différentes. Donc je n’ai vraiment pas de préférence, quand je réalise une œuvre et que je l’ai terminée j’éprouve toujours le même sentiment de stupéfaction.
Quelle est votre source d'inspiration ? L’inspiration, je peux la trouver partout. J’écoute beaucoup de musique et ça m’inspire dans mes œuvres. Il m’est impossible de peindre sans écouter de la musique. La musique m’emmène dans une autre dimension quand je peins. J’écoute beaucoup du hip-hop, j’ai grandi avec cette musique. Actuellement j’écoute le plus un rappeur ivoirien nommé Himra dont les paroles sont touchantes, je suis très inspiré par son abnégation. Une balade, une randonnée ou un voyage peuvent encore m’inspirer. Quand je me retrouve quelque part et que c’est calme, cela aussi peut m’inspirer.
Qu’est ce qui est plus important pour vous : la création ou le résultat ? Je dirais les deux. Car déjà pour créer une œuvre il faut en avoir une idée brillante. Et le résultat d’une œuvre est également brillant. Quand on finit une œuvre on est toujours stupéfait de la qualité. La stupéfaction est toujours inattendue. On ne s’attend pas à ce que l’œuvre soit belle. Donc les deux sont importants pour moi.
Qu’est-ce que vous ressentez en peignant ? Justement, quand je peins, je ne sens plus rien autour de moi, je suis totalement dans ma bulle. C’est le moment où j’oublie tout (mauvaise journée, mauvaise humeur, bref tout le négatif). En peignant je suis habité par un génie qui se charge du reste.
Quelle a été la plus grande appréciation de votre œuvre pour vous ? C’était lors d’une exposition collective où un aîné dans le domaine m’a complimenté. Depuis cette période j’ai su que je devrais continuer l’art.
Comment voyez-vous la prédestination de l’art ? L’art a encore de très belles années dans le futur, car chaque jour, chaque mois, chaque année, de nouveaux talents voient le jour.
Quels sont vos projets à venir ? À court terme, j’expose à l’Institut Français de Cotonou en avril prochain. Il y aura d’autres projets d’expositions cette année. À long terme, toujours le même objectif : faire reconnaître mon art à l’échelle mondiale.
Questionnaire de Proust
Votre vertu préférée ? La détermination, sinon on abandonne très vite.
La qualité que vous préférez chez un homme ? La dignité.
La qualité que vous préférez chez une femme ? L’amour. Quand une femme aime c’est avec sincérité.
Votre principale qualité ? La persévérance. J’ai un mental très fort donc je persévère beaucoup.
Votre rêve de bonheur ? Mettre mon nom à l’échelle mondiale et être une fierté pour mon pays et mon continent.
Quel serait votre plus grand malheur ? Échouer à ses objectifs est problématique pour tous.
La couleur que vous préférez ? Le bleu.
Ou préféreriez-vous habiter ? Je vais parcourir certainement le monde. Mais finalement, ce serait le Bénin.
Vos auteurs favoris en prose ? Napoléon Hill, Dale Carnegie.
Vos poètes préférés ? Un poète béninois Kmal Radji, un slameur que j’admire.
Vos héros dans la fiction ? Djimon Hounsou, Chadwick Boseman, Denzel Washington.
Vos peintres favoris ? Pablo Picasso, Jean-Michel Basquiat.
Vos héros dans la vie réelle ? Mes parents.
Le fait militaire que vous admirez le plus ? L’abolition de l’esclavage, même si dans certains pays cela existe toujours.
Votre état d’esprit en ce moment ? Bonne attitude.
Comparu devant Dieu, qu’est-ce que vous lui diriez ? Pourquoi l’être humain de nos jours peut-il être encore méchant ?