Salut! Ça va?

Sous le signe du Petit Prince

2026-06
Et si on vous pose la question : par quoi le théâtre diffère-t-il des autres arts ? Que répondriez-vous ? Les écrivains et les poètes nous laissent leurs livres, les peintres laissent leurs tableaux, les musiciens laissent leurs mélodies, etc... Mais qu’est-ce qu’il nous reste après une pièce de théâtre ?

Après la fête de la Francophonie qui passait cette fois sous le signe d’Antoine de Saint-Exupéry, je n’ai eu qu’un regret immense : ça ne se reproduira plus jamais. Ce français élaboré, cette responsabilité enfantine, cette ambiance de confiance, de respect, de soutien et d’amitié qui régnait dans une petite salle du théâtre, tout était la joie et le délice du professeur !

« La fête est le couronnement des préparatifs pour la fête. La fête est le sommet de montagne après l’ascension. La fête est la capture du diamant qu’il est permis de dégager de la terre... » Voilà ce que j’ai trouvé chez Saint-Exupéry dans sa Citadelle. Et ces paroles je les ai bues comme de l’eau fraîche : que de travail pour préparer une fête ! Mais si non, quoi fêter ?

Et chaque année, c’est le même manège : vers la fin du 3ème trimestre pendant l’équinoxe de printemps, la fête de Francophonie se prépare inévitablement. Incontournable, ce bilan professionnel.

Dans ma salle de français, j’ai ma carte géographique offerte par l’Ambassade de France il y a plusieurs années pour quelque succès des élèves, les armoiries de Paris faites soigneusement par les parents des enfants, le drapeau français bien sûr et, aux murs, les images du livre Le Petit Prince ainsi que le portrait de son auteur. Je suis toujours plongée dans cette atmosphère de tout ce que j’aime.

Jamais on ne répète les sujets des fêtes. C’étaient « Chez la Reine de la chanson française Édith Piaf », « Sur les collines de Paris, l’histoire de la capitale », « Il est venu le temps des cathédrales », « les Fables de La Fontaine », « Les chansons vivantes de Joe Dassin », « Les contes de fée magiques de Charles Perrault » etc.

Alors, il est venu le temps de lire Saint-Exupéry. Ce qui n’est pas si facile que ça. Lui-même, il disait qu’il n’aimait pas qu’on lise son livre « à la légère ». Et de plus, le niveau du français exigé est au moins B1. À différentes occasions, j’offre ce livre aux enfants, pour que chacun tôt ou tard en ait un dans sa bibliothèque. C’est-à-dire, tout le monde l’a lu en russe.

C’est important. Car même si on n’a rien lu, Saint-Exupéry c’est obligatoire (aussi bien que Victor Hugo, Charles Perrault, Jules Verne, mais c’est une autre histoire). Les 10-12 ans apprennent des extraits par cœur, après les avoir lus, traduits et analysés. Avec les grands élèves, c’est seulement en français. Et ce n’est pas si facile que ça, surtout si les élèves sont accrochés aux gadgets. Mais trouver des associations avec leur expérience de vie, parler des choses éternelles, discuter... c’est précieux de tous les points de vue. Et cela prend du temps. Après on peut mettre en scènes des morceaux du texte choisi.

Pendant la fête, on a parlé de la vie de l’écrivain en français et par moments en russe (pour ne pas perdre de lien : les élèves sont de différents niveaux et leurs parents sont là), on a montré les scènes, toutes illustrées par la présentation sur un grand écran, on a parlé des moments les plus touchants pour chacun. Notre invité français Daniel Sartre qui autrefois était pilote s’est souvenu de ses plongées sous-marines en Méditerranée là où l’on avait trouvé l’avion et le bracelet d’Antoine de Saint-Exupéry.

Vers la fin de la cérémonie on a fait une photo de tous les participants avec leurs « Diplômes de courtoisie envers la langue française » (mon ancienne invention). C’est plutôt pour avoir un bon souvenir, sans compter de succès et un peu pour la motivation.

La tradition exige qu’on écrive après la Francophonie des petit mots-impressions sur la fête : ce qui a plu (3 choses), ce qui a déplu (d’habitude ce n’est rien ou que c’était trop court) etc. Le plus gros problème du professeur reste qu’il faut inventer un nouveau sujet pour la fête de la Francophonie en 2027.

Bezrodnaïa Galina
Enseignante
Centre esthétique interscolaire
École associée de l’UNESCO
Krasnodar (Russie)