Salut! Ça va?

De Buenos Aires à Blagovechtchensk : un rêve en traversée

2026-07-11 11:11 2026-06
Pour me présenter un peu, je suis née dans la ville de Buenos Aires, en Argentine. J’ai 44 ans et c’est la première fois que j’écris un article pour une revue d’un pays lointain depuis mon lieu de vie, à des centaines de kilomètres de distance, de l’autre côté du monde. J’habite dans la province de Buenos Aires, dans une ville appelée d’un nom français – Longchamps, dont l’histoire centenaire est liée à la France, même si elle se trouve en Argentine. Mais c’est une autre histoire, peut-être pour une autre fois.

Une création dans le cinéma d’animation

Il y a 20 ans, à partir de 2006, lorsque j’étudiais le cinéma d’animation à l’Institut d’Art Cinématographique de la ville d’Avellaneda, je cherchais à créer des personnages originaux pour raconter une histoire intéressante. Une idée m’est venue spontanément : représenter un tigre de Sibérie avec un corps humain, en uniforme militaire. Je crois qu’à cette époque, on diffusait dans mon pays la télénovela « Montecristo », inspirée de l’œuvre littéraire du célèbre auteur français Alexandre Dumas « Le Comte de Monte-Cristo ». À ce moment-là, je m’intéressais à la figure animale du tigre de Sibérie, dont je cherchais des images et des informations sur Internet.

La découverte d’un personnage historique : Nikolaï Mouraviev-Amourski

En cherchant des informations sur le tigre de Sibérie, ou de l’Amour, j’ai trouvé aussi des données sur l’histoire d’un personnage historique réel, connu sous le nom de Comte Nikolaï Mouraviev-Amourski, lié à la Sibérie et au fleuve d’Amour, un général et diplomate russe ayant vécu au XIXe siècle. Ainsi j’ai commencé à découvrir l’histoire de la vie de l’homme si important dans l’histoire de la Sibérie, d’où venait le tigre qui m’inspirait à le transformer en un personnage doté d’attitude et de personnalité humaine.

Ainsi j’ai eu l’idée qu’en combinant les figures des deux êtres, humain et animal, fusionnés en un seul, cela pourrait être quelque chose de frappant et d’iconique pour raconter une bonne histoire. Ce n’est pas que l’idée d’humaniser des personnages du monde animal n’ait jamais été faite auparavant, surtout dans le cinéma d’animation. Mais avec l’idée que j’avais déjà en tête et après avoir lu l’histoire du comte Amourski, il m’a semblé que ce serait la combinaison parfaite entre la prestance de celui qui est considéré comme le plus grand félin du monde, le tigre de Sibérie, un être fort et robuste, et la stature d’un comte en uniforme militaire, avec médailles, décorations et une cape, ainsi que le bonnet en fourrure russe caractéristique sur sa tête de tigre. Cela a pris forme dans mon esprit, et j’ai commencé à le concrétiser et à le dessiner sur papier, en esquissant avec des crayons ou un stylo à bille.

Vingt ans plus tard : l’IA comme nouveau pinceau

Le temps a passé, et un jour, après des années à avoir laissé cette idée en suspens, sans être allée beaucoup plus loin que quelques dessins et une histoire inachevée, et après avoir longtemps résisté à l’utilisation des nouvelles technologies pour donner vie à une idée et à des personnages en exploitant l’imagination, comme on le fait aujourd’hui avec les applications d’IA (Intelligence Artificielle) telles que ChatGPT, Grok et Gemini, j’ai décidé d’essayer de raviver cette idée abandonnée de ma vision du comte avec son corps humain et sa tête de tigre de Sibérie, et de donner vie à une image qu’avant l’IA je ne pouvais qu’imaginer dans mon esprit, dessiner ou faire des photomontages manuellement. En voyant le résultat, je suis passée au niveau supérieur : vouloir voir l’image animée, avec du mouvement, de la manière la plus ultraréaliste et crédible possible, et d’une qualité cinématographique.

Pour moi, c’était vraiment comme s’il prenait vie sous une nouvelle forme représentant son image, sa personnalité et son caractère, inspirant autorité et respect, et représenté précisément par le tigre de Sibérie de l’Amour. Et je me dis : « Quelle meilleure façon d’honorer ce qu’ont représenté l’œuvre et le travail de ce personnage si important durant sa vie qu’en le représentant sous la figure du tigre et en rehaussant l’image d’un homme fort qui n’a pas abandonné et a atteint ses objectifs contre toute attente, malgré ce que pensaient ceux qui doutaient de lui ou de sa capacité à entreprendre et concrétiser ses aspirations, son but et son objectif au-dessus de toute remise en question, y compris de ceux qui étaient au-dessus de lui, les plus hautes autorités comme le tsar de Russie lui-même. »

Combien de fois, en tant qu’individus, nous trouvons-nous dans une situation similaire dans notre société actuelle ? Avec ceux qui doutent peut-être des capacités de chacun, parce qu’ils pensent qu’on n’est pas assez préparé pour accomplir une tâche ou un travail donné. C’est pourquoi je crois que c’est un grand exemple de persévérance pour beaucoup d’entre nous de ne pas abandonner ou renoncer au premier refus des autres, quand on porte en soi la flamme intérieure de la détermination qui nous pousse à poursuivre un rêve et un idéal que nous souhaitons atteindre.

La découverte de l’histoire d’Ekaterina, l’épouse du Comte

Un jour, en approfondissant l’histoire du Comte, j’ai découvert le nom d’Ekaterina. Je me suis beaucoup intéressée à elle et j’ai commencé à chercher plus d’informations. C’est ainsi que j’ai trouvé une publication écrite par Olga Kukharenko, « À la recherche du passé français de la comtesse Mouraviova-Amourskaïa » dans la revue Salut ! Ça va ? J’ai été passionnée par l’histoire d’un voyage d’expédition en Sibérie de Nikolaï et Ekaterina ou ils ont subi une attaque d’une meute de loups qui les avait poursuivis et encerclés dans la neige. Je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer une scène épique de combat et de survie qui serait fantastique comme séquence cinématographique. Et après avoir appris que le Comte avait été marié à une femme nommée Ekaterina, le même nom qu’une jeune chanteuse de notre époque que j’admire beaucoup et qui a une très belle voix, Ekaterina Chelekhova, cela m’a inspirée à imaginer Ekaterina du Comte Amourski avec une certaine référence à la chanteuse, mais avec l’apparence d’une femme lynx, parce que je voulais qu’elle soit représentée par une autre forme féline et qu’elle ait une silhouette plus élancée.

Et ainsi, un jour, j’ai décidé de contacter Olga Kukharenko pour lui parler de ma lecture de son article, de mes idées, comment j’avais découvert l’histoire du Comte, de son épouse Ekaterina et mon intérêt pour leur vie. J’ai été très enthousiasmée par la chaleur de la réponse bienveillante d’Olga ! Voyant dans ses réponses un vif intérêt pour l’idée que je lui avais confiée sur la façon dont je les imaginais, je lui ai ensuite envoyé une image d’un de mes dessins du Comte imaginé comme un tigre il y a vingt ans, et une image générée par IA de ma version d’Ekaterina : une femme lynx dans un Saint-Pétersbourg aristocratique du XIXe siècle, avec un manteau d’hiver et de longs cheveux bruns mi-attachés tombant sur ses épaules, et des yeux couleur aigue-marine.

La femme lynx et l’écho d’Evita
Il convient de mentionner que je ne peux m’empêcher de comparer ce couple à celui du général Perón et d’Evita dans l’histoire de mon pays, même si tout n’est pas identique. Mais je pense qu’un bon point commun qu’Ekaterina pourrait avoir avec Evita est le fait qu’Ekaterina était considérée comme une « protectrice des opprimés », ce qui la rapprocherait un peu de la personnalité d’Evita, que l’on appelait ici le « porte-drapeau des humbles », pour sa grande solidarité et son souci des pauvres, des travailleurs et des personnes les plus vulnérables et aux faibles revenus qu’elle aidait toujours. Elle avait aussi un caractère fort, malgré sa santé fragile qui l’emporta alors qu’elle était encore très jeune.

Voyager par les mots: un hommage argentin à la Sibérie
C’est avec une grande surprise que j’ai accueilli l’invitation d’Olga à participer à l’édition spéciale de la revue consacrée au 170e anniversaire de la fondation de la ville de Blagovechtchensk par le Comte Amourski. Cela fut tout un défi pour moi, car je n’avais jamais eu l’opportunité d’écrire un article pour une revue auparavant, nulle part, et encore moins d’un pays si lointain dont je connais peu l’histoire. C’est une opportunité qui ne se présente pas souvent et qui est peu commune. Cela donnait un sens à ma vie : pouvoir écrire une histoire qui m’intéressait depuis déjà plusieurs années, ce qui pourrait être valorisée de l’autre côté du monde, par une culture différente de la mienne et qui ne m’est pas très familière.

Cette histoire a comme un certain magnétisme et une force spéciale qui m’attire et qui me semble à la fois épique et fascinante. Comme l’étaient deux personnalités, à un moment donné et à l’origine de deux terres et cultures différentes, mais qui ont su transcender les frontières de leurs pays, affrontant même des dangers en parcourant de longs chemins ensemble dans un territoire inexploré, sauvage et inconnu. Mais cela ne les a pas arrêtées ni séparées tout le temps, avec ou sans distance, avec le bon et le mauvais. Tout ce qu’ils ont vécu les a maintenus unis et renforcés l’un par l’autre contre toute attente, avec un esprit inébranlable et élevé, avec le courage et la détermination de ne pas abandonner, malgré la peur et la méfiance de ceux qu’ils laissaient derrière eux et qui croyaient qu’ils n’arriveraient jamais à aller si loin. Endurant la douleur et la fatigue dans un climat hostile, mais sans renoncer ni reculer, toujours avançant.

Et je crois que c’est en grande partie ce qu’il y a de plus puissant et d’inspirant qui me pousse comme un feu intérieur à écrire ces mots, et qui m’a motivée à m’embarquer dans ce voyage textuel avec la même ardeur d’aller loin depuis mon lieu de vie, en transcendant les frontières de la distance, de la langue et de la culture, en exprimant par des mots ce qui sort de mon âme, ce qui me meut et me pousse à avancer sans peur, sans doutes et sans me soucier de ce que les autres pensent ou croient que je ne peux pas accomplir. Et avant qu’on ne dise quoi que ce soit, j’ai choisi de mener le travail sur cet article en toute discrétion. Toute seule, je me suis lancée et j’ai mis la main à l’ouvrage par ma propre compréhension. Et quel que soit le résultat et jusqu’où cela pourra se concrétiser, je remercie énormément Olga de m’avoir proposé d’écrire cet article, dont je ne pensais pas qu’il serait aussi long, mais me voici. C’est déjà un honneur pour moi de pouvoir participer à distance en m’exprimant avec mes propres mots, du fond de mon âme, au-delà du fait que je ne connais pas l’endroit même si je peux l’imaginer et voyager un peu avec mon esprit à travers ce que j’ai trouvé et lu. Cela me semble fascinant !

Je ne souhaite qu’une chose : être à la hauteur et que mon récit soit agréable à ceux qui le liront, qu’ils l’apprécient autant que j’ai aimé lui consacrer du temps et de l’énergie pour parcourir avec mes mots ce chemin passionnant.

Mes salutations d’Argentine...
Romina Mangiavacchi
Longchamps
(Argentine)