Dans cet article, il s’agira de la Conférence interuniversitaire « Diversité linguistique et culturelle : histoire et modernité » organisée par la Chaire des langues étrangères de la Faculté des sciences humaines et sociales de l’Université Russe de l’Amitié des Peuples P. Lumumba. L’article commence par le concept de la Conférence qui est basé sur l’opportunité de pouvoir mener un dialogue constructif dans un espace multilingue, et se termine par quelques avis et commentaires des intervenants et des participants. Une attention particulière est accordée à la section « Langue française et francophonie » puisqu’elle était la seule où le russe et le français étaient les langues de travail.
Les 23 et 24 avril 2026 s’est tenue la Conférence interuniversitaire annuelle « Diversité linguistique et culturelle : histoire et modernité » organisée par la Chaire des langues étrangères de la faculté des sciences humaines et sociales de l’Université Russe de l’Amitié des Peuples P. Lumumba (RUDN). Le concept de la conférence repose sur un dialogue constructif au sein d’un espace multilingue, sur l’interaction entre différentes écoles et disciplines pédagogiques, et sur le recours à des approches interdisciplinaires permettant la découverte de nouvelles perspectives pour la recherche et l’analyse des tendances scientifiques actuelles, conformément aux nouvelles exigences de l’enseignement des sciences humaines.
Il est clair qu’aujourd’hui, il ne suffit plus de faire évoluer les méthodes d’enseignement des langues étrangères. En réalité, il est nécessaire de repenser en profondeur les valeurs, les fondements méthodologiques et les objectifs de la formation linguistique. C’est pour cela qu’il est donc essentiel de favoriser un dialogue professionnel dans le cadre du multilinguisme, afin d’améliorer la qualité de cet enseignement, de développer la coopération universitaire, d’enrichir et de renforcer les échanges d’expériences de recherche et de promouvoir la collaboration interuniversitaire.
L’ouverture de ladite Conférence commença par une séance plénière (simultanément en présentiel comme en distanciel) à laquelle ont pris part des experts de différents pays. Pour commencer, un mot de bienvenue a été porté par Hmiza Touria (Responsable du Département de langue russe, Université Hassan II, Casablanca, Mohammedia, Maroc).
Ensuite, le professeur Khalid Zekri (Moulay Ismaïl Université, Maroc) est intervenu sur le thème : « La diversité culturelle dans un contexte de modernité globalisée ». Notons que le professeur Khalid Zekri est l’auteur des ouvrages comme : « Modernités arabes : de la modernité à la globalisation » (Éd. La Croisée des Chemins, 2018), ouvrage ayant gagné le Prix du Maroc du livre en 2019 ; « Repenser le Maghreb et l’Europe : Hybridations, métissages, diasporisations » (Ed. L’Harmattan, 2010) ; « Fictions du réel : Modernité et écritures romanesques au Maroc » (Ed. L’Harmattan, 2006).
La séance plénière a également eu l’opportunité de bénéficier de l’intervention du professeur Lakhdar Kharchi (Université de M’sila, Algérie) sur le thème : « Enseigner les langues étrangères comme pratiques culturelles : vers une didactique dialogique et interculturelle ». Le thème de l’intervention du professeur a suscité quelques questions dont le plus captivant a été de savoir les enjeux de la conservation de sa culture d’origine quand on est né en France. Sa réponse a été la suivante : « Du point de vue sociolinguistique, le fait d’être né en France tout en ayant des origines algériennes, marocaines ou maliennes peut effectivement conduire à une forme de « perte d’opportunité » d’apprentissage de la langue et de la culture d’origine. Cette situation s’explique par le processus d’acculturation et d’intégration dans la société française, où la langue dominante – le français – devient non seulement l’outil de communication principal, mais aussi le vecteur d’identité sociale et culturelle. L’ancrage profond du français dans la construction identitaire peut rendre plus difficile l’accès tardif à la langue patrimoniale, qui reste souvent cantonnée à un usage familial ou communautaire restreint.
Cependant, cette « perte » n’est pas irréversible. La didactique des langues montre que l’apprentissage d’une langue dite « héritée » peut être entrepris à l’âge adulte, à condition d’adopter une démarche consciente et structurée. Cela suppose une immersion culturelle (séjours prolongés, contact avec la communauté), un apprentissage formel (cours de langue, lectures, formation académique) et une valorisation affective de cette langue comme partie intégrante de l’identité plurielle. L’enjeu est de dépasser la vision dichotomique entre « langue française » et « langue d’origine » pour concevoir une compétence plurilingue, où chaque langue occupe une fonction complémentaire dans la construction de soi et dans l’interaction sociale.
En cas de retour et d’installation dans le pays d’origine, les problèmes d’intégration linguistique peuvent se manifester sous plusieurs formes : difficulté à maîtriser les registres formels et informels de la langue locale, sentiment d’étrangeté face aux pratiques culturelles implicites, ou encore perception d’un décalage identitaire par les locuteurs natifs. Ces obstacles relèvent autant de la compétence linguistique que de la compétence sociopragmatique, c’est-à-dire la capacité à comprendre et à s’insérer dans les normes sociales et culturelles véhiculées par la langue. J'insisterais donc sur l’importance d’un apprentissage contextualisé, où la langue est abordée non seulement comme système grammatical, mais comme pratique sociale vivante, permettant de renouer avec l’héritage tout en affirmant une identité biculturelle ».
Les professeurs, Kameneva M. (Institut d’études orientales, Académie des sciences de Russie) avec le thème : « Le patrimoine culturel iranien et son rôle dans le discours politique du pays », Nikolaeva M. (Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de Russie, Université linguistique d’État de Moscou) avec le thème : « Le problème de l’identité culturelle dans la poésie du Liban du XXe siècle », Ponomarenko L., Spynu L. (Université RUDN P. Lumumba) avec le thème : « Diplomatie et politique étrangère de la France pendant la formation de la Vème République (1958–1968) », Prokhorova L. P. (KemSU, Kemerovo) avec le thème : « Le club de lecture en ligne : un phénomène culturel et un outil pédagogique », Terentieva E. (Université RUDN P. Lumumba) et Bakanova A. (Université d’État de Moscou) avec le thème : « Les adjectifs dans le style journalistique : une étude de corpus basée sur les langues russe et espagnole », ont également pris part à la séance plénière sans oublier l’organisatrice principale, la Responsable de la chaire des langues étrangères de la faculté des sciences humaines et sociales de l’Université Russe de l’Amitié des Peuples P. Lumumba (RUDN) Galina Lukianova avec le thème : « La politique de la Fédération de Russie en matière de promotion de la langue et de la culture russe dans la région du MOAN (Moyen-Orient et Afrique du Nord) au premier quart du XXIe siècle (à travers l’exemple de l’Égypte) ».
L’après séance plénière Après la séance plénière, il a été organisé différents ateliers de travail, dont : –un atelier pratique de travail sur du long-métrage en espagnol, destiné aux étudiants de niveau B1 et dirigé par Kargovskaïa E.A. (Université RUDN P. Lumumba); –un atelier « sur les aspects importants de l’enseignement du chinois : numérologie, symétrie, récursivité, isolation des structures et compréhension intuitive » dirigé par Megrish A.Y. (Université RUDN P. Lumumba). Cet atelier offre une perspective unique sur la langue chinoise, dépassant largement les thèmes habituels de la phonétique et des caractères. Elle propose une clé conceptuelle du système qui permettra aux enseignants non seulement d’enseigner, mais aussi de dévoiler la logique interne de la langue, la rendant ainsi véritablement compréhensible et prévisible pour les élèves ; –un atelier « sur la simulations en réalité virtuelle (HSK 4-5) » pour l’enseignement du chinois aux étudiants de troisième et quatrième année, dirigé par Egorova M.A., Archugova A.S., Demina E.V. (Université RUDN P. Lumumba). Lors de cet atelier, il a été abordé la question de la nécessité d’utiliser la réalité virtuelle dans l’enseignement des langues étrangères à l'université. Ensuite il s’est agi de l’exploration des possibilités offertes par le casque de réalité virtuelle « Supersonique » pour l’enseignement du chinois. Un exemple de leçon de chinois sera également présenté, démontrant comment la réalité virtuelle constitue un simulateur de communication réaliste qui prépare les étudiants à des situations de communication authentiques en chinois. ; –un atelier « sur l’Expérience de développement d’un cours de réalité virtuelle en anglais spécialisé, dans un environnement supersonique » dirigé par Maïkova T.A., Zabolotskikh A.V., Lapitskaïa N.P. (Université RUDN P.Lumumba). Cet atelier a porté sur le développement de scénarios linéaires pour un cours de langue en réalité virtuelle sur la plateforme « VR Supersonic (Unity) ». Les dirigeants de l’atelier ont abordé les possibilités et les limites du scénario lors d’un cours de réalité virtuelle, en fonction des spécificités de l’environnement supersonique. Ils ont examiné également la technologie et la méthodologie de développement d'un scénario pour un cours de « langue étrangère spécialisée ». –un atelier « sur la méthode des projets à l’ère du numérique : l’apprentissage des langues étrangères au-delà du manuel » dirigé par Perepechina A.S. Lors de cet atelier, la dirigeante a partagé son expérience de travail avec des projets multimédias pour étudiants. Perepechina A.S. a présenté des exemples de travaux portant sur les études linguistiques et régionales, la théorie et la pratique de la traduction, et l’apprentissage des langues étrangères en général : chaînes Telegram, sites web et vidéos abordant un large éventail de sujets en allemand et dans le contexte de la communication interculturelle.
Notons que dans la journée du 23 avril, en présentiel, il s’est également tenu ; –la séance des travaux de la section de la langue arabe, nommée « Vecteur arabe » dont les modérateurs étaient : Al-Rahbi Ahmed Mohammed Nasser et Stepanian Karen Norikovich (Université RUDN P. Lumumba) ; –la séance des travaux de la section de la langue chinoise, nommée « kaléidoscope chinois » dont les modérateurs étaient : Gennadievna L. A. et Archugova A.S. (Université RUDN P. Lumumba).
Le 24 avril 2026 a été la journée des sections en distanciel. La section 1 : « La méthodologie de l’enseignement des langues étrangères dans un environnement multilingue » est dirigée par les modérateurs Vagner M.L. et Dugina T.V. (Université RUDN P. Lumumba) ; la section 2 : « Le langage dans le contexte des interactions interculturelles » est dirigée par les modérateurs Markova E.A., Trifonova E.D. (Université RUDN P.Lumumba) ; la section 3 : « Langue française et francophonie » est dirigée par les modérateurs Aroutiounova J.M. et Adohounde Y.S. (Université RUDN P. Lumumba) ; la section 4 : « Mosaïque anglaise » est dirigée par les modérateurs Ponomarenko A.P. et Mansur D.N. (Université RUDN P. Lumumba) ; la section 5 : « Mosaïque ibéro-américaine » est dirigée par les modérateurs Ivanova N.E., et Shlomiak V.V. (Université RUDN P.Lumumba) ; la section 6 « Les questions actuelles en éducation et en sciences humaines » est dirigée par les modérateurs Kameneva M.S. et Vakhshitekh Akhmad. Dans la suite de cet article, nous allons nous concentrer sur la section 3 : « Langue française et francophonie » dont les modérateurs étaient Jeanna Aroutiounova et Sylvestre Adohounde. La séance a débuté par le mot d’accueil du professeur Jeanna Aroutiounova. Huit intervenants ont pris part à ladite séance. Il s’agit notamment de : – Aboulanoir M’hamed, Jadir Mohammed, Saqri Nadia (Université Hassan II de Casablanca, Maroc) avec le thème : « Perspective actionnelle et développement des soft skills dans l’école marocaine ». – Aïcha Alouah, Salima Khattari (Université Mohamed V, Rabat, Maroc) avec le thème : « Le thé dans l’univers tchekhovien, entre quotidien, dialogue et temporalité ». – Syrine Bahri (Institut français of Tunisia (El Mourouj Center, Tunisia) avec le thème : « Enseigner la culture francophone aujourd’hui en classe de FLE à l’ère du numérique: enjeux interculturels et perspectives pédagogiques ». – Jadir Mohammed I. Daoudi, (Université Hassan II de Casablanca, Maroc) avec le thème : « Traduire l’interdit : éthique et responsabilité du traducteur dans le roman « Al xubz al hafi » de Mohamed Choukri ». – Driss Louiz (Université Ibn Tofail-Kénitra, Maroc) avec le thème : « L'intelligence artificielle au service de l’éducation : redéfinir le rôle de l'enseignant ». – Sabrine El Nahr, Mohammed Jadir (Université Hassan II de Casablanca, Maroc) avec le thème : « Les procédés linguistiques chez Vinay et Darbelnet : entre utilités et limites ». – Sylvestre Y. Adohounde (Université RUDN P. Lumumba) avec le thème : « Les anglicismes comme nouveaux défis de la langue française sur le continent africain ». – Valentine J. Aoun (Université RUDN P.Lumumba) avec le thème : « L'éducation française au Liban : culture héritée évoluée en opportunité ». Un intérêt particulier a été porté aux thèmes : « Perspective actionnelle et développement des soft skills dans l’école marocaine » et « Le thé dans l’univers tchekhovien, entre quotidien, dialogue et temporalité » par les participants de ladite section.
Parole aux participants !
Anna Solntseva:« Les 23 et 24 avril 2026, le Département des langues étrangères de la Faculté des sciences humaines et sociales de l’Université Russe de l’Amitié des Peuples P. Lumumba a accueilli une conférence interuniversitaire internationale intitulée « Diversité linguistique et culturelle : histoire et modernité ». Cet événement est l'un des plus importants à Moscou principalement dans le domaine linguistique. Le français y était largement représenté. Les interventions en séance plénière des experts, Lakhdar Kharchi (Algérie) (« Enseigner les langues étrangères comme pratiques culturelles : vers une didactique dialogique et interculturelle ») et Khalid Zekri (Maroc) (« La diversité culturelle dans un contexte de modernité globalisée »), ont suscité un vif intérêt. Le deuxième jour de la conférence, Syrine Bahri (Tunisie) et Driss Louis (Maroc) sont intervenus. Les présentations des experts francophones ont marqué les esprits par leur approche novatrice de l’enseignement des langues en lien avec la culture, une approche particulièrement pertinente dans le contexte de la Francophonie contemporaine qui regroupe divers pays aux traditions culturelles uniques. L'expérience de ces intervenants permettra sans aucun doute aux enseignants russes d’actualiser leur compréhension du rôle du français dans un monde en constante évolution ».
Alexandre Tchervony: Mes impressions sur la section « Langue française et Francophonie » ont été extrêmement positives. J’ai écouté avec intérêt toutes les présentations. J’ai particulièrement apprécié l’exposé d'Aïcha Alouah (Maroc) sur l’œuvre d’A.P. Tchekhov. Je tiens à souligner la grande qualité des présentations qui accompagnaient les intervenants.
J’exprime ma gratitude aux modérateurs de la conférence, et tout particulièrement à Jeanna Mikhailovna Aroutiounova, pour son animation de la section, à la fois discrète et très professionnelle. Je me réjouis de poursuivre notre fructueuse collaboration avec votre excellente Université .
Ibrahim Abakarov et Larisa Baboushkina: Malgré les interruptions de connexion parfois dues à des raisons techniques, je pense que cette pratique de tenir la conférence en ligne devrait être maintenue. Je souhaite à ce que les organisateurs continuent d’attirer des spécialistes dans le domaine de la théorie et de la pratique de la traduction.
Syrine Bahri: Je tiens à vous adresser mes sincères remerciements pour l’opportunité qui m’a été offerte de participer à cette conférence de très haut niveau.
J’ai été particulièrement impressionnée par la qualité des communications présentées, la richesse des ateliers proposés ainsi que le professionnalisme et l’engagement des intervenants et intervenantes. Les échanges ont été à la fois stimulants, enrichissants et porteurs de nouvelles perspectives, tant sur le plan scientifique que pédagogique.
Cet événement a constitué pour moi une expérience extrêmement positive et inspirante, qui ne manquera pas d’alimenter mes réflexions et mes pratiques futures.
Je vous félicite chaleureusement pour l’organisation remarquable de cette manifestation et vous souhaite une excellente continuation dans vos projets à venir. Au plaisir de vous retrouver lors de prochaines rencontres.
Conclusion La conférence interuniversitaire « Diversité linguistique et culturelle : histoire et modernité » organisée par la Chaire des langues étrangères de la Faculté des sciences humaines et sociales de l’Université Russe de l’Amitié des Peuples P. Lumumba a favorisé l’échange de nouveaux procédés d’enseignement dans les classes de langue. Grâce aux ateliers organisés juste après la séance plénière, les participants de ces derniers ont pu bénéficier non seulement de nouvelles méthodes d’enseignement, mais aussi des méthodes d’apprentissage des langues étrangères. Il s’agit notamment de l’utilisation des gadgets favorisant la simulation en réalité virtuelle, ce qui de nos jours occupe une place importance dans le processus du développement technologique de l’enseignement des langues.
Les communications lors de la séance plénière et du rassemblement des sections en distanciel ont été très prometteuses, car elles contiennent des méthodes innovantes.
Notons que la conférence interuniversitaire organisée par la Chaire des langues étrangères de la Faculté des sciences humaines et sociales de l’Université Russe de l’Amitié des Peuples P. Lumumbа est annuelle, ce qui fait que l’édition prochaine est déjà en cours de préparation.
Jeanna Aroutiounova Présidente de l’AEFR, Maître de conférences Université Russe de l’Amitié des Peuples Patrice Lumumba de Moscou (Russie)
Adohounde Yaovi Sylvestre Docteur en sciences politiques Enseignant chercheur, professeur de français Université russe de l’Amitié des Peuples Moscou (Russie)