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Du Moyen Âge à 2026: comment le marché de Noël est devenue un incontournable d’hiver majeur

2026-01-08 21:16 2025-12
Dans la France d’aujourd’hui la célébration des fêtes de fin d’année réunit des coutumes d’origine méridionale (crèche provençale, bûche de Noël, treize desserts) et des traditions nordiques (sapin, boules de verre, marchés de Noël), venues des pays germaniques par l’Alsace. Leur origine religieuse est pratiquement oubliée, on ne pense pas non plus aux évènements historiques qui les ont fait naitre, c’est pour leur magie qu’on les respecte, pour ce charme ancien qui opère toujours en nous unissant dans l’ambiance merveilleuse que chacun est heureux de retrouver.

Pour en profiter, rien de mieux que faire une promenade entre les lumières scintillantes dans les allées d’un marché de Noël.

Nous vous invitons à découvrir l’histoire de ces foires pas comme les autres.
Marché de Noel… Des chalets en bois, un verre de vin chaud dans les mains, les odeurs de la cannelle, des marrons grillés et du sapin tout autour, des rires et de la musique... Il semble que cela a toujours existé comme ça. Mais en fait, le marché de Noël moderne est un complexe culturel phénoménal, dont l’évolution a vu s’associer religion, politique, commerce et nostalgie, interdictions, permissions, marketing et, curieusement, rebranding. Essayons d'’ voir clair dans ce cocktail.

Début : simplicité médiévale (XIII–XVIe siècle)

Tout a commencé non pas pour le plaisir de l'atmosphère de fête insouciante, mais par nécessité. Les premières mentions des « marchés de Noël » remontent à la fin du XIIIe siècle – il s'agissait des marchés de la Saint-Nicolas (6 décembre), les dernières foires de l'année où les gens s’approvisionnaient pour le long hiver. En 1434, un marché a ouvert à Dresde, aujourd'hui considéré comme le plus ancien au monde – le Striezelmarkt, nommé d'après le gâteau local (striezel). Les marchands installaient leur étal sous un auvent en toile et les visiteurs venaient faire les courses pour le repas de fête à la fin du jeûne de l’Avent.

Bref, ce n’était pas si romantique que ça.
Tournant décisif au XVIe siècle : la Réforme et rebranding inattendu

En ce moment, c’est la « grande politique » (qui était religieuse à l’époque) qui est intervenue dans notre histoire. En Europe, la Réforme a commencé et les protestants ont refusé le culte des saints, donc les marchés de la Saint-Nicolas ont été aussi interdits. On aurait pu croire que c’en était fini avec la coutume considérée comme une « survivance du papisme » par les prédicateurs protestants. Mais les commerçants ne voulaient pas perdre leurs revenus et leurs clients avaient toujours besoin de provisions pour le repas Noël ! Donc, les Strasbourgeois débrouillards ont trouvé une solution.

Depuis 1570, ils ont simplement repoussé les dates et ré-axé l'événement sur Noël, célébré par l’Eglise protestante, en mettant l’Enfant Jésus au centre de la fête et non plus Saint Nicolas. C’est ainsi que Christkindelsmärik – « le marché de l’Enfant Christ » – est apparu. L’essence de l’événement n'a pas changé, mais les apparences correspondaient maintenant à la nouvelle idéologie dominante.

XIXe siècle : naissance de l’aspect chaleureux qu’on connaît

La principale image visuelle des marchés – chalets douillets en bois sans lesquels on ne peut pas imaginer un « vrai» Noëlne s’est formée qu'au XIXe siècle. Les étals couverts de toile des marchands ambulants ont cédé la place à ces chalets où les commerçants ressemblent aux fées et aux lutins des contes.

D’autres traits caractéristiques de l’événement se profilent également à cette époque. Comme la tradition des cadeaux de Noël n’existait pas encore, dans les milieux populaires ce sont les sucreries comme pains d’épice et pommes caramélisées que l’on donnait aux enfants et qui sont devenus le numéro un des ventes pour la joie des grands et des petits.

Au XIX siècle les marchés prennent les allures de la fête foraine : manèges, jeux, vin chaud... Le marché n’était plus un simple lieu d’achat – il était devenu un espace de convivialité, de magie de Noel, de conte de fées, et cette image s'est avérée si forte qu'elle a survécu aux guerres et aux révolutions.

Le marché de Noël mise sur l’authenticité, la tradition, la nostalgie du « bon vieux temps ». Le répertoire des marchandises est donc assez spécial. Les touristes, alléchés par les spécialités locales de production artisanale, y font leur plein de pains d’épices, de friandises traditionnelles, de spécialités de charcuterie pour donner un gout spécial à la fête, on choisit des bougies de cire et des boules de Noel en guise de souvenirs, on recherche des vêtements et des sacs de création artisanale, des antiquités ou objets de brocante pour servir de cadeaux originaux.
Miracle de marketing et popularité croissante (fin du XXe siècle)

Pourtant, à la fin des années 1980, même en Alsace, patrie de la tradition, les choses allaient mal. Le Marché de Strasbourg était le seul organisé en France, mais il restait inconnu au grand public. Les touristes ne venant pas en hiver, le remplissage des hôtels a chuté jusqu’à 36% !

Et alors, le syndicat hôtelier alsacien, suivant le proverbe que chacun est l’artisan de son bonheur, a décidé de prendre les choses en main. Ils ont eu l’idée de faire de la tradition locale un produit touristique attrayant. En 1992, une puissante campagne publicitaire a été lancée : Strasbourg s’autoproclamait « Capitale de Noël». Et ça a marché ! Soutenue par les autorités régionales, la com a pris de l’ampleur dans les médias et les touristes se sont précipités vers ce rêve d’enfant devenu réalité. Depuis, cette tradition alsacienne s’est diffusée dans toute la France, puis dans le monde.

Si les plus beaux marchés de Noel restent ceux d’Alsace (Strasbourg, Colmar, Kaysersberg), d’autres villes françaises ont aussi adopté le concept, mais chacune à sa manière. Metz entretient la tradition de la Saint-Nicolas avec l’apparition du saint sur son trône et le défilé des chars colorés. Reims met à l’honneur les vins de Champagne et illumine la façade de sa cathédrale d’un spectacle de polychromie dynamique. Lyon invite à sa Fête des Lumières et Carcassonne – à la Fête médiévale avec un spectacle de feu suivi d’une marche aux flambeaux. Toulouse : la capitale du Sud-Ouest célèbre un « Noël blanc » avec ses chalets entièrement blancs, ses guirlandes ruisselant de lumières blanches et une grande patinoire. Et les Foires aux santons en Provence (Marseille, Aubagne) offrent un embarras de choix des personnages et décors de la crèche de Noël.
Mondialisation: le concept français s’est propagé dans d’autres pays (XXIe siècle)

Le pas suivant était d’exporter le projet à succès. Entre 2009 et 2019 les Alsaciens ont amené leurs chalets de bois (et importé leurs produits régionaux pour des millions d’euros) dans les plus grandes capitales du monde : de Moscou à New-York et Tokyo.

En 30 ans le monde a désenchanté du mondialisme. On veut résister à son rouleau-compresseur. On est à la recherche du différent, de l’original, du national, du particulier. Un marché de Noël réussi se doit de représenter la spécificité locale, refléter les traditions nationales et promouvoir les artisanats et la culture populaire. En 2012 le marché de Noël qui a eu lieu à Moscou sous la direction du comité des fêtes de la Ville de Strasbourg a présenté le meilleur de la production artisanale alsacienne : tissus alsaciens traditionnels, bonbons et décors de Noël faits à la main, pains d'épices, vin chaud… et les ateliers étaient animés par de vrais maîtres français! Le succès de cette manifestation a incité les autorités à créer son propre festival : de nos jours les foires d’hiver sur la Place du Manège ont tout pour plaire aux Moscovites et aux touristes : bâtiments historiques de style russe pour servir de cadre, ambiance festive avec plusieurs sapins décorés et animateurs costumés en personnages de contes, chalets de formes originales pour découvrir les artisanats d’art russes, spécialités gastronomiques de différentes régions de la Russie à déguster sans modération, boissons chaudes traditionnelles pour nous rappeler les habitudes de nos ancêtres et plaisirs d’hiver qu’on aime depuis l’enfance : patinoire et énorme montagne de glace pour glisser au son des chansons folkloriques joyeuses sous les guirlandes de mille lumières.
Aujourd’hui, les marchés de Noël, organisées par les grandes et petites villes, sont devenus un incontournable d’hiver dans le monde entier. Mais le succès mondial a un revers. Derrière les jolies façades des chalets se cachent souvent les mêmes jouets en plastique fabriqués en Chine et les mêmes saucisses grillées. La foire risque de perdre son âme, son essence.

Car si cette tradition qui n’a pas moins de 700 ans a pu survivre en s’adaptant aux changements de la société, c’est parce qu’elle a réussi à garder la chaleur, la magie, l’émerveillement pour rappeler aux visiteurs leurs racines. Pour vivre, ce phénomène culturel à plusieurs couches et à différentes facettes, façonné par la religion, l'économie, l'esthétique, la nostalgie et la recherche de la modernité, a besoin de l’authenticité.

Vichniakova Elena

Enseignante

École des langues étrangères

Elektrostal, région de Moscou (Russie)


Simonova Tatiana

Étudiante

Université d’État des sciences humaines et de technologie

Orekhovo-Zouiévo, région de Moscou (Russie)