Le chat est un poème en soi,
Avec sa beauté et son élégance,
Il inspire les écrivains et les rois,
Et nous enchante avec sa douce présence.
Arthur Rimbaud
« Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta.
Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J’aperçois dans le noir
deux morceaux de soleil. »
À l’époque, à l’école primaire, en cours de français j’ai appris ce petit poème de Maurice Carême « Le chat et le soleil ». Je ne savais pas encore que cela ferait naître ma passion éternelle pour les chats.
Mon chat... Je ne l’ai pas trouvé dehors sous la pluie froide automnale. Dans une période difficile de ma vie, j’ai tout simplement vu sa photo sur un des sites des chats de race sibérienne. C’est l’une des races les plus anciennes, originaire de la taïga de Sibérie, où son pelage dense lui permettait de survivre aux hivers rigoureux. Cette race est souvent mentionnée dans les contes russes comme d’immenses chats de garde, aux pouvoirs magiques qui a été utilisée pendant des siècles pour chasser les rongeurs dans les foyers et les monastères.
Et voilà, quinze jours plus tard, toute la famille attendait déjà ce personnage de conte, avec curiosité et un tas de jouets achetés spécialement pour lui, notre MILOCHE. On lui a donné ce nom slave après plusieurs discussions et hésitations. Aujourd’hui, cinq ans après, je n’imagine plus notre vie sans lui.
Miloche est beau comme un dieu. J’aime beaucoup son adorable petit nez couleur terre cuite et ses oreilles avec des plumets charmants. Ses yeux verts d’émeraude sont le reflet de ses émotions. Jacques Laurent a dit : « Il suffit de croiser son regard avec celui d’un chat pour mesurer la profondeur des énigmes que chaque paillette de ses yeux pose aux braves humains que nous sommes. » Ses longs sourcils et ses moustaches encore plus longues (nous en avons un record qui fait 15 centimètres !) me rendent folle. Même la façon dont il marche est magnifique. J’adore le regarder dormir : ventre en l’air ou les pattes sur les yeux, roulé en boule ou en crevette. Ses positions de sommeil sont une sorte de chef-d’œuvre. Ses « crises de folie » quand il court, saute et zigzague partout dans la maison, c’est meilleur que tout film d’action au cinéma. Curieux et intelligent, il aime explorer tout.
Mon chat est moelleux et si agréable à caresser. Je connais très bien ses préférences. Il aime les caresses sur la tête et sur le dos. Il se met à ronronner et me prouve par là qu’il se sent bien et apprécie ce moment de complicité. J’en profite et le grattouille sur le front et le menton, il adore ça ! « Rien n’est plus doux, rien ne donne à la peau une sensation plus délicate, plus raffinée, plus rare que la robe tiède et vibrante d’un chat. » (Guy de Maupassant). C’est une « boîte à ronron » poussant des ondes magiques... Quand mon organisme lutte contre des situations pénibles, comme le stress, le ronronnement de mon chat émet des vibrations sonores apaisantes et bienfaisantes, un peu comme la musique. Je l’appelle souvent « un médicament sans effet secondaire » et ça, c’est vrai. Pour montrer mon amour à mon chat, j’ai appris à utiliser le langage félin en lui faisant un « baiser lent » (je cligne lentement des yeux), et en le caressant doucement là où il l’apprécie le plus. Vous rappelez-vous « Le chat » de Théophile Gautier ?
Le chat est si doux, si câlin,
Il ronronne de bonheur sans fin,
Il apporte la paix à mon âme,
Et sa beauté est une vraie flamme.
Il reconnaît bien son nom et je lui parle avec un langage bébé. Il dresse l’oreille, ses pupilles se dilatent, il arrête sa toilette pour se tourner vers moi ou même se diriger vers moi. J’ai étudié plusieurs secrets et stratégies pour le comprendre mieux. Par exemple, quand il gonfle sa queue, c’est pour paraître plus impressionnant. S’il arrive vers moi, la queue verticale et légèrement en point d’interrogation, c’est qu’il vient chercher des caresses, et j’en profite pleinement. S’il vient vers moi en ronronnant, c’est qu’il a envie de communiquer avec moi. Il arrive parfois que Miloche mordille le bout de mes doigts, c’est pour me dire qu’il a envie de jouer. Et moi, une grande personne envahie, j’abandonne tout pour sortir les petites balles, souris ou autres jouets et partager un bon instant de jeu avec mon trésor.
Le moment que j’apprécie le plus, c’est celui où Miloche me touche le nez avec son museau, je le laisse faire car c’est la plus belle déclaration d’amour que peut me faire mon petit dieu à griffes. Patricia Highsmith écrivait : « L’on n’est jamais seul avec un chat », tandis que Colette affirmait, elle, que « passer du temps avec son chat n’était jamais du temps perdu ».
Pourtant, il n’y a pas de roses sans épines. Miloche est un bandit de grand chemin montrant ses griffes au moment où on ne s’y attend pas. Franchement, il fait tant de bêtises ! Mais quand je vois son museau aux grands yeux ronds, son jabot tout blanc, sa queue bien fournie, ses pattes robustes et épaisses, ses pieds grands et ronds avec des touffes de poils entre les doigts qu’on ne trouve nulle part ailleurs, je craque et lui pardonne tout : papiers peints déchirés, chaussures rongées, meubles abimés, boîtes et cartons léchés, affaires volées et cachées dans les coins les plus lointains de l’appartement... Je lui pardonne même la fête du Nouvel An gâchée déjà cinq fois parce qu’installer et décorer l’arbre de Noël est devenu presque une épreuve. L’instinct de Miloche-chasseur renaît et il se croit un ours sibérien grimpant au sommet du sapin enneigé malgré toutes les boules et guirlandes. C’est rigolo et horrible en même temps. Il est impossible de punir ce petit tigre en peluche avec un vaporisateur d’eau ou une paire de chaussettes. Il n’a peur de rien et ne supporte pas qu’on lui crie dessus. Honnêtement, son défaut le plus grave qui me chagrine souvent, c’est ce qu’il n’apprécie pas du tout d’entendre la langue française lors de mes cours en ligne. Il a l’air tout à fait mécontent et s’en va tout de suite. Il ne me comprend qu’en russe – patriote à fourrure – et c’est vraiment drôle pour les autres.
Bref, envers et contre tous, je l’adore ! Eh oui, comme vous l’avez deviné, sur mon portable, j’ai plus de photos de mon compagnon à quatre pattes que de famille, d’amis et d’étudiants.
Pourquoi cette passion pour les chats ? Peut-être parce qu'ils nous font du bien... Il suffit que le chat se frotte à nos pieds ou se pelotonne sur nos genoux en produisant ce son si particulier pour que naisse chez nous un sentiment de calme et de bien-être. Égoïstes, hautains, ingrats, imprévisibles, têtus, gracieux, discrets, mystérieux, ils nous mènent au doigt et à l’œil. Nous sommes particulièrement attachés à ces petits animaux à fourrure. Ce sont vraiment les animaux les plus parfaits sur cette terre.
Le chat, cet animal mystérieux,
Qui se faufile avec grâce et agilité,
Il a conquis notre cœur, précieux,
Et son charme est une pure merveille.
Victor Hugo
Je suis si heureuse de vivre sur une planète où les chats existent. Dans ma prochaine vie, j’espère me réincarner en un petit flocon de douceur et vivre la vie de chat. Ce serait un tel honneur.
Marina Esterman
Université socio-pédagogique d’État
Volgograd (Russie)