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De la Tour de Babel à l’intelligence artificielle : un congrès plein d’humanité et d’idées

2026-01-07 22:55 2025-10
Bonjour, bonsoir – car à Besançon, les journées s’étiraient souvent jusqu’aux étoiles au-delà des frontières.

Entre le 10 et le 17 juillet 2025, j’ai eu le bonheur de participer au Congrès International des Professeurs de Français, une rencontre vibrante où se sont mêlés passion, savoir et humanité.

Dans cette ville chargée d’histoire et de lumière, j’ai arpenté les salles et les ruelles, passant d’un atelier à une conférence, d’une table ronde à un intermède artistique, le cœur grand ouvert aux idées du monde.

Mes choix se sont dessinés comme un itinéraire de cœur et d’esprit — entre curiosité professionnelle et élan personnel.

J’ai suivi, avec émerveillement, les interventions sur : l’intelligence artificielle, ce nouveau partenaire de nos apprentissages ; le plurilinguisme et le multilinguisme, reflets de la diversité humaine ; les contes, les livres et la lecture, portes secrètes vers l’imaginaire et la culture ; les jeux et les astuces pédagogiques, qui font du FLE un terrain d’émerveillement et de joie.

Mais au-delà des thèmes, ce sont les rencontres qui ont illuminé cette semaine.

Des professeurs venus des quatre coins du monde, des conversations passionnées autour d’un café, des repas partagés où la pédagogie croisait l’amitié, des sourires et des accents qui ont composé une symphonie francophone.

En repensant à ces moments suspendus, pleins d’apprentissage, de partage et d’harmonie, je garde le souvenir d’un congrès à la fois utopique et profondément réel, où chaque échange semblait ouvrir un peu plus la voie vers une francophonie du futur — vivante, humaine et inspirante.

Le 16e Congrès mondial de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) s’est tenu à Besançon du 10 au 17 juillet 2025, sur le thème inspirant : « Utopies francophones en tous genres ». Ce grand rendez-vous de la francophonie éducative a réuni des enseignants, chercheurs, formateurs et acteurs institutionnels du monde entier. Comme l’a rappelé Cynthia Eid, présidente de la FIPF, ce thème nous invitait à « rêver, réfléchir et bâtir ensemble un avenir riche de possibilités pour la francophonie éducative ». Entre conférences, ateliers, tables rondes et intermèdes artistiques, le congrès a offert un panorama foisonnant d’idées, de projets et d’initiatives autour des enjeux linguistiques, pédagogiques et technologiques du français aujourd’hui.

Un de mes thèmes apprécié : les utopies linguistiques et culturelles m’ont donné le pied d’entrée de ce congrès. En effet, la cérémonie d’ouverture a donné le ton, mêlant allocutions officielles, intermèdes artistiques et discours inaugural du professeur Jean-Louis Chiss (Université Sorbonne-Nouvelle, Paris), consacré aux utopies linguistiques et culturelles. Le linguiste a revisité la métaphore de la Tour de Babel pour interroger la diversité linguistique, rappelant que « le plurilinguisme heureux est une ouverture au monde, tandis que le monolinguisme est une nostalgie de l’origine ».

Cette réflexion a trouvé un écho dans les échanges de la table ronde intitulée « Où va le FLE ? Est-ce une utopie ? », animée par la revue Le Français dans le Monde. Les participants y ont débattu de la place du français dans un monde globalisé et du rôle des enseignants dans la construction d’une francophonie ouverte, plurielle et inclusive.

Toutefois, mes préférences actuelles se tournent vers l’Intelligence artificielle, entre innovation et humanité car l’intelligence artificielle (IA) a occupé une place centrale tout au long du congrès, invitant à réfléchir sur l’équilibre entre innovation et humanisme. Jérémie Séror (Université d’Ottawa, Canada) a ouvert la réflexion en posant la question de la responsabilité : comment trouver l’équilibre entre innovation et éthique dans l’apprentissage du français ? Grégory Simon a poursuivi avec une présentation sur l’IA générative et la production écrite en FLE, où il a montré comment l’IA peut devenir un outil de collaboration et d’action, sans se substituer à la créativité humaine. Marie-Ève Gonthier a élargi le débat en présentant un état des lieux des pratiques orthopédagogiques au Québec, mettant en lumière l’usage des outils numériques pour soutenir la lecture et l’écriture. Christine Rant (Francophonia) a proposé une approche inclusive et novatrice : « Enrichir le curriculum et célébrer la diversité francophone : utiliser les outils d’IA pour créer des ressources inclusives et innovantes ». Rima Abdel-Fattah, Carolyn Stott, Adil Elmahdi, Sarra Chaieb, Olady Thammasalo et Alizée Giorgetta ont chacun, à leur manière, exploré les promesses et limites de ces nouveaux outils, montrant qu’ils peuvent renforcer l’autonomie, la créativité et la motivation des apprenants tout en exigeant un regard critique et humaniste.

Néanmoins, créativité, pédagogie et sensibilité n’ont jamais cessé d’exister dans mes approches pédagogiques, c’est pourquoi la dimension humaine et artistique de l’enseignement du français a brillé dans mes yeux et mon cœur à travers une série d’ateliers créatifs. Basma Ghaly a proposé une réflexion sur le conte comme outil d’interculturalité et de plurilinguisme. Michel Boiron a émerveillé le public avec sa présentation « Enseigner le français avec les cinq sens », ainsi qu’avec ses interventions « Qu’allez-vous lire en français cet été ? » et « C’est comment pour vous l’école du futur ? » Kader Maikal a captivé l’auditoire avec son approche des mnémotechniques et du raisonnement grammatical en classe de français. Adriana Davanture, très présente tout au long du congrès, a animé les ateliers « Éloge de l’erreur et écriture créative » et « Concevoir un projet interdisciplinaire : langue, culture, enjeux de société ». Enfin, Evangelia Dadinopoulou a exploré le thème de l’écriture collaborative, soulignant combien la coopération entre apprenants nourrit la motivation et la cohérence du sens.

Non moins important, la langue, culture, environnement et société se sont déroulés sous plusieurs interventions qui ont mis en lumière le rôle du FLE comme vecteur de conscience écologique, culturelle et sociale. Simone Maria Dantas Longhi (Brésil) a présenté une communication sur la transdisciplinarité et le multiculturalisme. Bara Ndiaye (Sénégal) a offert un parallèle entre Victor Hugo et Léopold Sédar Senghor, deux auteurs pour une littérature au service de l’universel. Gilles Capaddoro (CMEF) a proposé un projet artistique intitulé FLEtographions !, invitant à aborder la langue à travers l’image. Denise de Britto Damasco a, quant à elle, abordé la question de l’évaluation de la production orale à travers la vidéo en cours de FLE.

Par contre, la recherche, l’orthographe et la réflexion professionnelle sur les travaux sur la langue et l’enseignement ont également trouvé leur place dans mon cerveau prêt à exploser de tels apprentissages et partages. Danièle Cogis et Catherine Brissaud ont animé une conférence stimulante : « Enseigner l’orthographe aujourd’hui : toujours une utopie ? ». Elles ont présenté les résultats du groupe ÉROFA, consacré à la réforme de l’orthographe et aux nouvelles pratiques d’enseignement. Karine Bissonnette et Christophe Chénier ont proposé une analyse comparative entre le CECR et l’Échelle québécoise des niveaux de compétence en français, abordant la tension entre norme et variation linguistique.

Très intéressantes les tables rondes et les partenariats francophones m’ont amené à réfléchir sur comment booster mes pratiques. La table ronde sur les scolarités francophones (Clarisse Gérardin, Hélène Ducret, Aurore Jarlang) a rappelé l’importance de la coopération internationale et de la formation continue des enseignants. La grande table ronde de la FIPF, animée par Stéphane Grivelet, a réuni Cynthia Eid, Josette Girard, Gérard Ribot, Claudie Pion, Anne Robitaille et Sarah Anthony autour des 100 métiers du français. Enfin, le partenariat FIPF–FEI, présenté par Claire Briquel-Gauthier, Sol Inglada, Haydée Maga, Anna Vetter et Cynthia Eid, a dévoilé la bibliothèque idéale des professeurs de français et les modules d’autoformation FEI+.

Puis, l’apothéose digne d’un Congrès mondial de cette clôture et ses perspectives immanentes avec la conférence de clôture, prononcée par Philippe Meirieu, professeur émérite à l’Université Lumière-Lyon-II, portait sur « Utopies éducatives : pour le meilleur ou pour le pire ? ». Il a rappelé que l’éducation reste un acte d’espérance entre idéal et réalisme. La soirée s’est terminée par un concert d’Aldebert, auteur-compositeur-interprète, qui a enchanté le public avec ses chansons Enfantillages et Les paradis disponibles.

Ce 16e Congrès mondial de la FIPF témoigne de la vitalité exceptionnelle du français et de ses acteurs. Entre utopie et lucidité, recherche et pratique, innovation et tradition, les interventions ont montré une profession en constante évolution, capable d’allier rigueur scientifique, créativité pédagogique et engagement humain. À Besançon, la francophonie éducative a prouvé qu’elle n’était pas seulement une communauté linguistique, mais bien une force collective, ouverte, plurielle et visionnaire. De la Tour de Babel à l’intelligence artificielle, le français demeure ce lien vivant qui relie les enseignants du monde entier autour d’un même idéal : rendre la langue accessible, vivante et porteuse d’avenir.

Un souvenir impérissable, la rencontre physique avec notre chère Olga Kukharenko après tant d’années d’amitié virtuelle. Merci, Olga !

Clara Marie-Claire

De Sá Couto Wildschütz

Enseignante

Agrupamento de Escolas de Paredes de Coura

Vila Nova de Cerveira (Portugal)