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Enseignement du français à l’Académie navale du Fujian et ses influences

2025-10
Fondée en 1866 à l’initiative de Zuo Zongtang, gouverneur général du Fujian et du Zhejiang, l’Académie navale du Fujian représente l’institution inaugurale de l’ingénierie navale en Chine et le berceau de l’éducation navale et maritime contemporaine. Établie à Fuzhou sous la direction de Shen Baozhen, premier commissaire général des Affaires navales, elle incarne la volonté du gouvernement des Qing de maîtriser les savoir-faire occidentaux pour mettre fin à la dépendance face aux navires étrangers. Cette ambition s’est traduite par une coopération différenciée avec les puissances occidentales selon les domaines techniques : tandis que la formation aux métiers de la navigation et de la machinerie navale s’appuyait sur des experts britanniques et l’enseignement en anglais, la formation en construction navale et en ingénierie industrielle s’inscrivait dans un cadre franco-chinois structurant. Dans ce contexte, le français n’a pas été simplement une langue étrangère, mais est devenu le canal privilégié du transfert des savoirs scientifiques et techniques dans les domaines de la conception navale, de la mécanique appliquée et de la production industrielle. Cet article examine le rôle central de l’enseignement du français dans la formation des premiers ingénieurs chinois compétents dans ces disciplines, ainsi que ses influences profondes sur le développement de la marine moderne, l’éducation technique et les échanges sino-français. Il s’agit de comprendre comment une langue étrangère, au sein d’un projet de modernisation fondé sur une division linguistique et technique, a pu devenir un pilier du développement technologique de la Chine.

Le français, langue fondatrice de l’ingénierie moderne
L’Académie navale du Fujian s’est distinguée par une structure éducative originale : une double filière bilingue et spécialisée, divisée entre les Écoles de l’avant (spécialisées dans la construction navale et l’ingénierie) et les Écoles de l’arrière (spécialisées dans la navigation et les opérations maritimes). Cette dualité a illustré non seulement une segmentation des savoirs, mais aussi une stratégie linguistique délibérée. Alors que les Écoles de l’arrière – Navigation, Pratique navale, Machinerie navale et Télégraphie – ont principalement utilisé l’anglais sous l’influence des officiers et enseignants britanniques, les Écoles de l’avant – Construction navale, Dessin technique, Apprentis et Chefs d’atelier– ont résolument adopté le français comme langue d’enseignement, en raison de la collaboration étroite avec la France dans les domaines de l’ingénierie et de la construction navale. Ce choix n’a pas été fortuit.
La collaboration avec la France, concrétisée par le recrutement d’ingénieurs et de professeurs dès 1867 – parmi lesquels Prosper Marie Giquel, nommé inspecteur général de l’Académie, a joué un rôle central dans l’introduction d’un modèle pédagogique profondément ancré dans la tradition des Grandes Écoles d’ingénieurs françaises. Ce modèle, caractérisé par une forte base scientifique, une spécialisation progressive et une intégration étroite entre théorie et pratique en atelier, a fait du français la langue vivante de la science et de l’ingénierie au sein des quatre Écoles de l’avant. Plus encore : les manuels utilisés dans toutes les disciplines techniques – mécanique, thermodynamique, dessin industriel, construction navale – ont été des éditions originales françaises, directement importées ou reproduites selon les standards académiques métropolitains. Il ne s’agissait pas de traductions approximatives, mais d’un transfert fidèle des savoirs scientifiques directement issus de France.

Pour les élèves, maîtriser le français était une condition sine qua non pour accéder aux principes de l’ingénierie moderne. Cela a inclus non seulement la communication, mais aussi la lecture analytique de textes scientifiques, la compréhension des notations techniques et les raisonnements logico-mathématiques. Le français s’est imposé ainsi comme l’intermédiaire fondamental de la pensée technique. Cette centralité du français s’est inscrite dans la mission de l’Académie : former des talents pour l’autonomie technologique de la Chine. Comme l’a affirmé Shen Baozhen : « L’essentiel de l’Académie navale du Fujian réside dans l’enseignement. L’accent n’est pas mis sur la construction, mais sur l’apprentissage. » Ce principe – apprendre pour devenir autonome – a exigé une transmission fidèle des connaissances, ce que seul un enseignement en langue source, appuyé sur des manuels originaux, pouvait garantir. En tant que langue des sciences appliquées à l’époque, le français a joué un rôle central dans la modernisation technique. Cette approche a intégré quatre principes pédagogiques novateurs, spécifiques aux Écoles de l’avant.
Premièrement, un enseignement rigoureux en français, assuré par des professeurs francophones.
Deuxièmement, une intégration étroite entre théorie et pratique : les concepts étudiés dans les manuels français ont été immédiatement mis en œuvre dans les ateliers voisins du chantier naval.
Troisièmement, un apprentissage différencié, avec des niveaux adaptés aux progrès en langue et en technique. Enfin, une ouverture internationale, concrétisée par l’envoi d’élèves choisis en France pour y poursuivre leurs études – une immersion totale dans la langue et la culture scientifique française.
Ainsi, même si l’Académie était bilingue, le français a occupé une place stratégique et fondatrice dans la formation des ingénieurs et des cadres techniques de haut niveau. Grâce à l’usage systématique de manuels français originaux, il a permis la transmission fidèle des savoirs, ainsi que la création d’une élite technocratique bilingue, capable de concevoir, dessiner et construire des navires selon les standards occidentaux. Cette dimension linguistique, concentrée dans les Écoles de l’avant, était au cœur de la spécificité de l’expérience de Fuzhou – une pionnière du transfert de connaissances scientifiques par la langue française.

Le français comme infrastructure cognitive : une intégration intellectuelle et systémique
L’Académie navale du Fujian ne s’est pas contentée de transposer des disciplines occidentales : elle en a reconstruit les conditions d’appropriation, en faisant du français la clé d’accès aux savoirs techniques dans les Écoles de l’avant. Contrairement à une simple traduction de concepts, le modèle pédagogique reposait sur un triple ancrage français : des enseignants exclusivement français, des manuels scientifiques en langue d’origine, et un enseignement intégral dispensé dans cette langue. Cette configuration transformait les Écoles de l’avant en un milieu pédagogique entièrement francophone, où les savoirs de l’ingénierie navale étaient transmis sans intermédiaire linguistique ni culturel. C’est dans ce cadre que les spécialités et les cursus doivent être compris : non comme de simples programmes, mais comme des parcours de maîtrise conjointe de la langue et de la technique, sous la direction d’experts français.

Spécialités : expertise française et chaîne de compétences
Les quatre Écoles de l’avant – École de Construction navale, École de Dessin technique, École des Apprentis et École des Chefs d’Atelier – formaient une chaîne pédagogique intégrée, dont le fonctionnement reposait sur une équipe entièrement recrutée en France. Dès 1867, conformément aux accords avec le gouvernement chinois, la France s’est engagée à fournir ingénieurs, techniciens et enseignants spécialisés, devenus les pilotes intellectuels de l’Académie. Ces experts, francophones natifs et formés dans les meilleures écoles techniques françaises, n’étaient pas de simples traducteurs, mais les porteurs mêmes de la culture scientifique et technique française.

L’École de Construction navale, cœur de la formation d’ingénieurs, offrait deux filières – construction et machinerie navale — selon un cursus de cinq à sept ans. Tous les cours, de la résistance des matériaux à la conception des machines, étaient dispensés exclusivement par des ingénieurs français, sur la base de manuels conformes aux programmes des grandes écoles. Le français y était donc non seulement la langue d’enseignement, mais le médium naturel de la pensée technique.

L’École de Dessin technique formait des techniciens capables de produire des plans selon les normes européennes. Les spécialités — dessin des carènes, dessin des machines – étaient enseignées par des maîtres-dessinateurs français, experts en normalisation. Les élèves devaient apprendre aussi bien à dessiner qu’à lire et rédiger des documents techniques en français, dans un environnement où chaque annotation portait l’empreinte de la rigueur française.

L’École des Apprentis et l’École des Chefs d’Atelier assuraient la formation des ouvriers qualifiés et les cadres techniques. Même si l’enseignement était fortement pratique, les notions théoriques – calcul des structures, métallurgie, mécanique appliquée – étaient enseignées par des techniciens français, à l’aide de fiches et de manuels simplifiés en français. La sélection pour l’École des Chefs d’Atelier prenait d’ailleurs en compte le niveau en français, assurant ainsi une continuité linguistique et technique.

En conséquence, chaque spécialité des Écoles de l’avant institutionnalisait un transfert de savoirs sans rupture : depuis les enseignants français, à travers les textes français, jusqu’aux élèves chinois. Ce modèle, rare dans l’histoire de l’éducation sino-étrangère, a permis à la fois une transmission fidèle des connaissances et la création d’une élite technique bilingue, profondément imprégnée par la culture de l’ingénierie française. Le français, bien plus qu’une langue d’enseignement, a fonctionné comme ciment institutionnel d’un système technique intégré, reliant expertise française et formation chinoise dans une chaîne cohérente de compétences.

Cursus : intégration cognitive et technique du français
Le cursus des Écoles de l’avant ne se limitait pas à une succession de cours : il constituait un parcours de formation cognitive et linguistique progressif, conçu pour accompagner l’appropriation des savoirs techniques par le biais du français. Contrairement à un modèle où la langue était enseignée séparément, l’Académie navale du Fujian a adopté une stratégie d’intégration verticale du français, qui en a fait un levier pédagogique essentiel – des bases mathématiques aux applications industrielles.

Ce modèle reposait sur une progression tripartite : fondamentaux scientifiques → spécialisation technique → application pratique, chaque étape étant soutenue par un apprentissage ciblé du français. Dès les premières années, les élèves suivaient des cours intensifs de français (deux séances quotidiennes), non comme une matière isolée, mais comme la clé d’accès aux disciplines scientifiques. Les notions de mathématiques, de géométrie ou de physique étaient introduites en français, permettant une acquisition simultanée du savoir et de la langue. Ce principe, appliqué à l’École de Construction navale et à l’École de Dessin technique, garantissait que les élèves ne traduisaient pas les concepts, mais les pensaient directement en français.

À partir de la troisième année, avec l’entrée en spécialisation, le français évoluait d’« outil de base » à « langue professionnelle ». Les cours de « conception navale », « mécanique appliquée » ou « dessin des machines » étaient dispensés exclusivement en français par des ingénieurs français, sur la base de manuels techniques originaux. Les élèves devaient comprendre les explications orales, lire des textes complexes, rédiger des rapports et participer à des discussions en atelier – toujours en français. Cette immersion linguistique totale transformait le français en langage opérationnel de la production industrielle.

Enfin, lors de la phase pratique – « une demi-journée de cours, une demi-journée en usine » – le français restait le moyen de la transmission technique. Les ingénieurs français dirigeaient les ateliers, donnaient des consignes en français, et exigeaient des rapports d’activité dans cette langue. Même à l’École des Apprentis, les notions de métallurgie ou de mécanique appliquée étaient enseignées en français, assurant ainsi une continuité linguistique du début à la fin du cursus.

En définitive, le cursus incarnait une pédagogie du bilinguisme intégré, où le français n’était pas une matière annexe, mais un axe structurel de la formation. Cette approche, fidèle à l’esprit des grandes écoles françaises — où rigueur scientifique, spécialisation progressive et maîtrise opérationnelle s’articulent en un tout cohérent — a permis de former des ingénieurs alliant la capacité de construire à celle de penser et d’innover, selon les normes de la modernité technique. Le français, en tant que langue vivante de cette modernité, est devenu un facteur décisif de transfert de savoir-faire et de transformation cognitive.

Héritages de l’enseignement en français
L’Académie navale du Fujian n’a pas seulement formé des ingénieurs : elle a révolutionné l’accès aux savoirs techniques en Chine moderne, en faisant du français un vecteur institutionnel de modernisation. Contrairement à une influence diffuse ou marginale, l’enseignement du français a joué un rôle structurel et catalyseur dans la diffusion du modèle éducatif chinois moderne. Ce n’était pas un simple « accompagnement » de la réussite de l’Académie, mais le moteur principal qui a permis de former, transmettre et exporter un nouveau paradigme technique. C’est à travers la maîtrise du français que les élèves ont pu intérioriser les savoirs occidentaux non pas comme des objets traduits, mais comme des outils cognitifs vivants, capables d’engendrer une transformation systémique de l’éducation et de l’industrie navale. Les influences de l’Académie ne s’expliquent donc pas sans cette infrastructure linguistique qui a rendu possible sa reproduction et sa diffusion.

Un modèle pour l’éducation moderne en Chine
L’Académie navale du Fujian n’a pas simplement remplacé un ancien système éducatif par un nouveau : elle a instauré un modèle fondateur basé sur une intégration systématique des sciences occidentales. L’un des traits marquants de cette innovation a été l’adoption du français comme langue d’enseignement principal dans ses quatre Écoles de l’avant, toutes dédiées à la construction navale. Contrairement aux écoles traditionnelles, où l’apprentissage reposait sur les classiques chinois, cette académie a fait du français non pas une matière secondaire, mais l’outil indispensable à la compréhension de la mécanique, de la résistance des matériaux et de l’hydrodynamique. Ce lien organique entre langue et savoir a profondément transformé la manière dont les connaissances techniques étaient acquises et mises en œuvre en Chine. Bien qu’il fût centré sur Fuzhou (chef-lieu de la province du Fujian), ce modèle a exercé une influence étendue. En 1880, en fondant l’Académie navale de Tianjin, Li Hongzhang a déclaré s’inspirer « largement du modèle des écoles du Fujian », non seulement de leur structure organisationnelle, mais surtout de leur capacité à former des ingénieurs capables de travailler directement avec des textes techniques occidentaux. Par la suite, Zhang Zhirun, en créant l’École navale et militaire de Guangdong en 1887, a calqué explicitement ses règlements sur ceux de Tianjin et du Fujian, tout en intégrant un enseignement intensif de l’anglais. Ainsi, même si l’anglais s’est imposé comme langue dominante dans plusieurs institutions (Tianjin, Weihai, Canton), la logique inaugurée par le Fujian — à savoir, la maîtrise d’une langue étrangère comme condition d’accès au savoir moderne — a été largement reprise. Comme l’a souligné Shen Yiqing, cette institution, fondée par Zuo Zongtang et Shen Baozhen, « a établi un cadre éducatif complet, formé une génération de talents et est devenue un précurseur de l’éducation moderne ». Ce titre rend hommage à la fois à son innovation institutionnelle et à son rôle fondateur dans la constitution d’un savoir technique autonome, rendu possible par l’accès direct auxsources occidentales — une véritable révolution, permise par l’enseignement du français. C’est cette double contribution qui justifie pleinement que Li Hongzhang l’ait qualifiée de « fondatrice de l’éducation moderne ».

Un vivier de talents techniques
L’Académie navale du Fujian ne s’est pas contentée de former des techniciens : elle est devenue le berceau d’une autonomie intellectuelle dans le domaine naval, en s’appuyant sur une appropriation approfondie des savoirs occidentaux par l’intermédiaire du français. Si cette autonomie s’est pleinement réalisée chez les élèves envoyés en Europe – dont la maîtrise préalable du français, acquise à Fujian, a assuré une intégration rapide aux écoles d’ingénieurs françaises – elle s’est surtout concrétisée chez ceux restés en Chine. C’est là que l’enseignement intensif du français a joué un rôle décisif : il a fait basculer les élèves de la reproduction passive à la conception autonome, en les plongeant directement dans les principes scientifiques à la base des technologies. Le cas du Yixin, lancé en 1875, illustre de manière exemplaire cette transformation. Conçu et supervisé par Wu Dezhang et Wang Qiaonian, diplômés de la première promotion, ce navire marqua la première conception entièrement réalisée par des Chinois formés localement. En réalité, cette capacité d’innovation autonome reposait sur la maîtrise qu’ils avaient acquise du français technique au cours de leurs études à Fujian. Ils n’ont pas simplement copié des plans étrangers : ils ont lu, compris et appliqué les manuels de construction navale en français, intégrant ainsi les lois de la mécanique, de la résistance des matériaux et de l’hydrodynamique dans leur processus de conception. Comme l’a souligné Ding Richang, deuxième commissaire général des Affaires navales, en 1876 : « Ces étudiants ont présenté eux-mêmes les plans d’un navire de cinquante chevaux… Bien que les navires précédents aient suivi des modèles étrangers, le Yixin a été le premier navire conçu indépendamment par des Chinois. » Ce « conçu indépendamment » n’est pas seulement une affaire de patriotisme, mais le résultat d’une internalisation cognitive rendue possible par le français. C’est pourquoi la majorité des dix-huit navires suivants, œuvres de diplômés de l’Académie, témoignent autant d’une compétence technique que d’un esprit d’ingénierie hérité du modèle pédagogique francophone. Le français, langue de la rationalité technique, est devenu l’outil grâce auquel la Chine a produit, pour la première fois, un savoir technologique autonome.

Un pont intellectuel sino-français
L’enseignement du français à l’Académie navale du Fujian a façonné une élite biculturelle dont l’influence a dépassé le cadre strict de la construction navale. Le modèle pédagogique de l’Académie, ancré dans la rigueur scientifique et la pensée analytique, a façonné une génération entière d’intellectuels. C’est dans cet esprit que Ma Jianzhong, Luo Fenglu et Chen Jitong, tous formés en français, sont devenus des médiateurs culturels de premier plan. Ma Jianzhong, envoyé en France, a appliqué la grammaire latine à l’analyse de la langue chinoise, aboutissant à la rédaction de Grammaire de Ma – œuvre d’un esprit formé à la logique formelle. Luo Fenglu, diplômé de la classe de navigation, est devenu un diplomate de haut niveau, capable de négocier dans un espace sémantique franco-chinois. Chen Jitong, auteur de Les Chinois peints par eux-mêmes, a redéfini l’image de la Chine en Europe, par une maîtrise fine de la langue et des codes intellectuels français. Quant à la traduction de La Dame aux camélias par Lin Shu avec l’aide de Wang Shouchang, diplômé de la classe de télégraphie de Fujian, elle a illustré comment la maîtrise du français, acquise dans l’Académie, a rendu possible une médiation littéraire fidèle entre les deux cultures. Ces figures ont montré que l’Académie navale du Fujian n’a pas seulement formé des ingénieurs, mais a cultivé une nouvelle manière de penser, où la maîtrise d’une langue étrangère était la source d’une transformation cognitive et culturelle.

Le français, langue de la technique
L’originalité du modèle pédagogique de l’Académie navale du Fujian ne réside pas seulement dans l’articulation entre théorie et pratique, mais dans l’intégration du français comme langue opérationnelle au cœur même du processus technique. Contrairement à d’autres institutions où les savoirs étrangers étaient traduits en chinois pour être transmis, à l’Académie du Fujian, les élèves lisaient les plans, interprétaient les spécifications et documentaient les procédures directement en français. Cette immersion linguistique dans l’action a transformé l’apprentissage en un processus d’appropriation cognitive directe, éliminant la perte sémantique inhérente à la traduction. Ce modèle, où la langue d’enseignement devenait la langue du faire, a assuré une transmission fidèle et systématique des savoir-faire. Il a dès lors jeté les fondements d’un système éducatif technique moderne, dans lequel la compétence linguistique n’était pas un simple accessoire, mais un socle de l’excellence technique. Cette intégration profonde du français dans la chaîne de formation a fait de l’Académie un véritable précurseur de l’éducation professionnelle moderne en Chine.

Conclusion
Bien plus qu’un simple point de départ de l’éducation moderne en ingénierie et en construction navale en Chine, l’enseignement du français à l’Académie navale du Fujian incarne un dialogue fondateur entre les civilisations chinoise et française, voire entre les mondes oriental et occidental. Les talents formés ici étaient à la fois des ingénieurs de pointe et des passeurs culturels. Ils ont introduit en Chine les techniques avancées de construction navale française, renforçant ainsi la défense maritime et stimulant le développement industriel. En tant qu’ingénieurs, enseignants et traducteurs, ils ont diffusé largement les savoirs scientifiques et pédagogiques, contribuant à une transformation profonde du champ intellectuel chinois. Leurs efforts n’ont pas seulement renforcé les capacités technologiques du pays, mais ont aussi transformé en profondeur son rapport aux savoirs modernes et élargi les horizons des échanges interculturels. Cette pratique pionnière témoigne des premières grandes tentatives de la Chine pour s’ouvrir au monde et s’engager sur la voie de la modernisation – une expérience dont les échos résonnent encore aujourd’hui, offrant des repères précieux pour les dialogues sino-français du XXIe siècle.
HE Danhua
Maître de conférences à l’Université des Langues étrangères et du Commerce de Fuzhou
Doctorante de l’Université de Nanjing (Chine)

CHEN Wenxi
Étudiante du département de français de l’Université des Langues étrangères et du Commerce de Fuzhou (Chine)