A Toi, NORMANDIE-NIEMEN! (L’adieu aux Armes) Fut un temps où l’Europe sombrait dans la folie ; Où la guerre et la mort ravageaient maints pays ! Notre France vaincue, envahie, humiliée ; Beaucoup de ses enfants, s’en étaient évadés ! Ces esprits revanchards, rejetant la défaite, Ont repris le combat ! Ils avaient à leur tête, Un Grand Chef qui groupant un jour tous ces errants, Leur redonna espoir, en fit des combattants ! Et c’est ainsi qu’un jour, où la Russie voyait, Vers les murs de Moscou l’ennemi déferler. Une poignée de Français : volontaires et recrues, S’en vint à la poursuite de ses espoirs perdus ! Privés de leur patrie, mais tous pleins d’espérance, Ils venaient au combat, pour retrouver leur France ! C’était un des endroits où la guerre faisait rage, Où l’empoignade avait des allures sauvages ! Ils entrèrent sans peur dans l’immense carnage, Car ils avaient au cœur l’espoir et le courage. Ce fut, dur, âpre, sanglant et… magnifique ! Ce que firent ces proscrits, fut simplement magique ; D’une simple escadrille qui s’exila là-bas, Ils en firent une terrible machine de combat ! Tous ces beaux combattants, pour écrire son histoire, Ils ont trempé leur plume dans le sang de la gloire ! Et l’ardeur qui brûlait au fond de leurs poitrines, Alluma ce flambeau qui depuis illumine, La route qu’a suivie cette unité d’élite, Conduite par des chefs, chacun de grand mérite ! Mais de nos jours tout change ; l’évidence évolue ; Ce qui s’imposait hier, aujourd’hui ne vaut plus ! Et ce qui fit jadis la gloire de nos ailes, Disparaît aujourd’hui, sur choix préférentiel ! Ce serrement de cœur qui nous monte à la gorge, Signe la fin d’un rêve qu’à vingt ans on se forge ! Toi, Normandie-Niemen, orgueil de nos jeunesses, Nous te gardons toujours, comme un peu de tendresse ; Comme Phénix, peut-être, renaissant de tes cendres, Tu reviendras un jour ! Que justice on te rende ! Nous, qui t’avons tenu sur les fonts baptismaux, Voyons avec tristesse emporter ton drapeau ! Ce flambeau qui jadis s’alluma pour ta gloire, Brillera à jamais au fond de nos mémoires !
Georges Marcelin (†)
LES FRANÇAIS LIBRES (À « SA » mémoire) C’était il y a longtemps ! Autant qu’il m’en souvienne, Nous étions jeunes et forts, nous avions la vingtaine. Nous fûmes tous chassés ! Comme des chiens errants, Par des dogues furieux qui convoitent leur niche ! Nous voulions résister, mais ne savions comment ; De courage pourtant nous n’en étions pas chiches ! Nous étions purs et durs, et aussi pleins de rage, Prêts à mordre, à tuer, comme des chiens sauvages ! En deuil étaient nos cœurs, et nous voulions vengeance, Contre ceux qui avaient assujetti la France ! Qu’il est donc loin ce temps ! Mais la « VOIX » s’éleva ; nous l’avons écoutée L’espoir est revenu, le soleil a brillé ; Pour nous les Français Libres, la nuit s’est dissipée ! Nous avons tous suivi « CELUI » qui appelait. Sa voix nous a promis une victoire éclatante, Mais pour la conquérir, des batailles sanglantes ! Nous avons parcouru les terres et les mers, On nous a vu aussi, nous battre dans les airs ; Nous avons tous lutté, ignorant la souffrance, Cela le valait bien, pour délivrer la France ! Qu’il est donc loin ce temps ! Nous avons au départ, affronté des déserts, Où le soleil vous brûle, avant-goût de l’enfer ! On n’y entend jamais l’eau fraîche qui ruisselle, Mais souvent, en raclant le fond de nos gamelles, Nous en sentions crisser sous nos dents agacées, Le sable du désert où il fallait coucher. Par ailleurs, combattant en des plaines glacées, Nous pleurions sur nos mains qu’il fallait « dégeler » ! Volant vers d’autres cieux, traversant la mitraille, Nous allions bombarder, revenant « vaille que vaille », Et pour nous, les marins, dessus les mers hostiles, Par tempêtes et combats, ce ne fut pas facile ! Notre flotte partout a hissé son pavois, Prouvant au monde entier, que nous étions bien là ! Qu’il est donc loin ce temps ! En chars, en avions, en navires et… à pieds, Tous les champs de bataille, nous ont vus arriver ! Menés par le « Grand Homme » qui repose là-bas, Partout, les Français Libres ont pris part au combat ; Nous étions ses « Croisés », nous portions son emblème, Nous avons combattu sous la « croix de Lorraine » ! Et c’est bien grâce à « Lui », à sa ténacité, Qu’aujourd’hui, dans nos cœurs, nous gardons la fierté ! Car, « HONNEUR et PATRIE », ce fut là « Sa » devise ! Qu’« IL » repose en paix près de ses « Deux-Eglises » ! Qu’il est donc loin ce temps !... .... …… Pourtant si proche encore.
Georges Marcelin (Ancien F.A.F.L.) (†)
ROUGE, NOIR, et OR ! Pensif, à mon bureau, je contemple ce soir, Ce blason héraldique, « frappé de léopards » ; « Sur champ de gueule » dit-on, pour désigner le rouge ! Il est fixé au mur, d’où jamais il ne bouge. Cet insigne jadis, porté par soixante hommes, Qui partirent au loin payer de leur personne, Espérant revenir un jour dans leur patrie, Cet insigne glorieux, nous vient de Normandie ! Et sur leur long chemin, parsemé de souffrance, De morts et de victoires, pour retrouver la France, Il était toujours là, il portait leur espoir ! Ils ont fait çà par lui, et écrit son histoire ! Et porté fièrement par nos jeunes pilotes, Mécanos, armuriers, radios et tous les autres, Ils ont montré au monde que ses deux léopards, Etaient à redouter au sein d’une « bagarre » ! Insigne, toi qui fus le ciment d’amitié, Qui réunit deux peuples pour un même combat, Tu portes notre orgueil, tu es notre fierté, Mais nous pleurons tous ceux, qui ne revinrent pas ! Et plus je te regarde, et plus mes souvenirs, Me ramènent au « Passé » qui venait de s’ouvrir ! Nous promettant danger, aussi incertitude, Dans de rudes contrées, sous d’autres latitudes. Ton rouge est le symbole du sang que des héros, Ont versé sans regret ; ce fut noble et très beau ! Le noir de l’inscription : symbole de leur deuil, Que nous les survivants portons avec orgueil ! Quant à l’or qui en fait briller les deux pelages, Il veut être symbole de victoire et courage ! L’éclair blanc sous les pattes, qui évoque la foudre, Raconte leur ardeur à vouloir « en découdre » ! D’autres, au fil du temps, avec foi et courage, Ont repris le flambeau, servis par leurs « Mirages », Ils peuvent avec fierté, étant leurs héritiers, Revendiquer le leg de ton glorieux passé ! Insigne ! Toi qui viens du siècle précédent, Où le patriotisme était encore ardent, Raconte à nos enfants, pour qu’ils en soient instruits, Les exploits légendaires du « Groupe Normandie » !
Georges Marcelin (Ancien du G.C. 3) (†)
POUR UN ADIEU ! Un aigle dans le ciel a refermé ses ailes, Il en est des héros comme des simples mortels, Nous quittons tous un jour cette « vallée de larmes », Les ans sont contre nous bien plus forts que les armes ! Il part couvert de gloire : la gloire des héros, Auréole de ceux qui ont « volé » très haut, Sans marchander leur vie, dans un élan du cœur, Et sans craindre ni mort, ni souffrance, ni peur ! Car lui, il fut de ceux (à peine une centaine), Qui forgèrent la légende du « Normandie-Niémen » ! Avec ses camarades (beaucoup sont morts là-bas), Ils en firent une terrible machine de combat ! C’était un combattant, redoutable, efficace, Il devint un Grand chef avec le temps qui passe. Il fut un gentilhomme et un homme de cœur, Nous étions ses amis, chacun de nous le pleure ! Il nous est enlevé ; il laisse un vide immense, Pour nous son souvenir survivra, très intense. Si de parler de lui, quelqu’un vous le demande, Répondez-lui : « Il dort, bercé par sa légende ! ».
Georges Marcelin (†)
Ancien de « Normandie-Niémen »
Poème dédié à la mémoire du général Joseph Risso
ÉLOGE DES SILENCIEUX Après les sables brûlants du désert, De la Libye, via le Liban, à la Russie, Ils affrontèrent les rigueurs de l’hiver Alors que Stalingrad luttait pour sa survie, Que les nuages noircissaient le ciel de France. Rescapés d’une seconde et rude tourmente, Oublieux, jusqu’au sens du mot détente, Plongés, par nature, dans un long silence, Mais artisans dévoués pour une nouvelle naissance, Voici enfin venu le temps de la renaissance, Fut-ce dans le souvenir ? Sans eux, point de devenir Pour ce G.C.3, en vérité Escadrille, Reconnue Normandie par ses villes. Servitude et grandeur militaire, De cette double vertu tributaires, Ils furent des Chevaliers, l’équipage Evitant à la monture tout dommage. Fébriles alors qu’à l’horizon elle disparaissait, Angoissés, alors que dans le lointain, apparaissait, D’abord minuscule, le point qui renouait le lien. Est-il le nôtre ? Est-ce le mien ? Cône bleu, blanc, rouge, couleur de l’espoir, Flambeau, que depuis Orel, on aime revoir, Désormais repris par des mains amies Qui le conduiront, 20 juin 1945, à Paris, Porteur de ce titre, à jamais le sien, « Normandie-Niémen ».
Général J.M. Risso (†)
Source utilisée: Yves Donjon «Ceux du Normandie-Niemen» (2014) Georges Marcelin et Joseph Risso ont adressé leurs poèmes à l’auteur pour la publication dans ce livre.