Salut! Ça va?

Le maquis de Lorette et la libération de ville de Bordeaux

2025-06
Mon père Oleg Nikolaiévitch Ozerov, invalide de la Grande Guerre Patriotique, résistant en France, chevalier de la Légion d’honneur, était au combat dès la première minute de guerre le 22 juin 1941.

Dans un des combats près de Vinnitsa, Oleg a été grièvement blessé et a été fait prisonnier. Il est passé par de nombreux camps à travers la Pologne, l’Allemagne et en 1943 il a été envoyé en France dans le camp de Bakalan sur un chantier en construction d’un entrepôt de sous-marins (à Bordeaux au bord de la rivière Garonne-Gironde). Dès les premiers jours de sa captivité, Ozerov pensait à s’évader. Dans le camp Bakalan, un groupe clandestin de 14 personnes a été créé. Ce groupe était commandé par Mikhaïl Antamokhine, secondé par Ozerov. Ce groupe organisait des diversions, des sabotages, et préparait l’évasion.

Dans la nuit du 20 mars 1944, l’organisation secrète FTP-MOI organisa l’évasion de 12 prisonniers soviétiques, sergents et officiers. L’opération fut couronnée de succès. Ils se sont cachés une semaine dans les marécages de la presqu’île de Soulan, au nord de Bordeaux. Les Allemands les cherchaient avec des chiens et la circulation sur les routes était bloquée. Les fascistes ont annoncé que les familles qui aideraient les fugitifs seraient fusillées et les fugitifs eux-mêmes pendus. Ils promirent une forte récompense à ceux qui les captureraient.

Après la levée du blocus routier, ils ont séjourné dans des cachettes de la résistance, à Bousta, Sauveterre, à la ferme Tossa à Baleyssac, ils sont arrivés au maquis « Groupe de Lorette » basé dans la forêt de Toupe près de la ville de Marmande (Lot-et-Garonne).

Le groupe « Le maquis de Lorette » avait été créé le 8 novembre 1943 par Daniel Fau dans les forêts du département Lot-et-Garonne près des villages de Lorette et de Castelnau-sur-Gupie. Le groupe de Lorette était composé de 20 personnes quand sont arrivés les soviétiques mais lorsqu’ils sont sortis de la forêt, le 15 août 1944, pour combattre de manière ouverte, le maquis réunissait déjà 150 personnes.

La région d’action du maquis de Lorette se trouvait dans les départements du Lot-et-Garonne et de la Gironde, qui correspondaient à la région B à la frontière sud-ouest et qui était le berceau de la Résistance française. Le commandant de l’unité de partisans était le sous-lieutenant Raymond Avril (pseudo « Etienne »). Il y avait 4 groupes français et un Soviétique. Le commandant du groupe de combat soviétique était Mikhaïl Filippovich Antamokhine (pseudo « Michel»). Son adjoint était mon père Oleg Nikolaïevitch Ozerov (pseudo «Alex»). Le commandant du renseignement était Raymond Saget surnommé « Tata » et le sergent Yakov Fomitch Éremine surnommé « Thomas ».

Par ordre du ministre de la défense du 1er mai 1958 n° 328/3, le détachement partisan « Maquis de Lorette » a reçu le titre honorifique d’Unité de combat de la Résistance. Ce titre a été décerné aux 34 unités qui se sont le plus distinguées dans la lutte contre le fascisme.

Le détachement était armé de mitrailleuses légères Hotchkiss, de fusils antichar « bazooka », de mitrailleuses (britanniques et allemandes prises à l’ennemi), de fusils (canadiens et allemands pris à l’ennemi), de carabines françaises, de grenades à main de divers types et de celles prises à l’ennemi (80 mm), de mortier, ainsi que des armes à feu personnelles et des armes blanches. Les armes étaient récupérées lors des batailles contre les troupes allemandes et les miliciens français de Vichy.

Actions de combat du détachement Maquis de Lorette

À la suite de sabotages et lors de combats ont été détruits 2 chars, 6 canons, 15 véhicules, et environ 300 soldats et officiers ont été tués. Environ 800 soldats et officiers (allemands, italiens et de la légion du Turkestan) ont été faits prisonniers

Armes prises à l’ennemi : un mortier de 80 mm, 40 mitrailleuses, 150 carabines, munitions (cartouches, grenades, explosifs), 8 voitures et camions.

Je donnerai plusieurs exemples d’opérations militaires depuis avril 1944.

Avril 1944: capture d’une cargaison de parachutes près de la ville de Duras. Dans la bataille, 2 voitures ont été incendiées, 5 Allemands ont été tués. Les partisans ont eu 2 blessés.

Mai: attaque d’un convoi. 4 véhicules détruits ; explosion d’un pont ferroviaire près de la ville de Fioul ; un officier des renseignements fasciste a été capturé dans la région de Castelnau ; opération dans la région de Castelnau pour capturer deux informateurs allemands.

Juin: un traître qui avait remis deux parachutistes américains blessés aux Allemands a été arrêté à Galgon; explosion d’un dépôt de munitions à proximité du village de Saint-Germain;

bataille à la ferme Carnelos. Du côté allemand, dans l’attaque de la ferme, environ 80 combattants de la milice de Darlan y ont participé. Du côté des résistants, on déplore un mort et deux blessés. Du côté des allemands, 20 morts. Le groupe a dû changer de lieu et s’est installé dans la forêt de Soriso ; explosion d’un pont routier à proximité de la ville de Langon.

Juillet : explosion du pont de l’autoroute Saint-Macaire-Sauveterre.

15 juillet: les nazis capturent la femme et le fils du commandant du détachement « Maquis de Lorette », Raymond Avril (Cécile et Michel, 5 ans), exigeant la reddition du groupe.

18 juillet : opération visant à prendre en otage le chef de la Gestapo de Marmande et sa femme, enquêteuse à la Gestapo.

20 juillet : échange d’otages près de La Gupie. Cécile et Michel sont libérés.

22 juillet : les Allemands envoient les forces d’un détachement de la division SS « Das Reich » et de la légion du Turkestan pour une opération punitive dans la région où se cachent les résistants. Les combats sont presque quotidiens avec les forces répressives. Le maquis changeait constamment de lieu.

15 août : les troupes anglo-américaines et françaises débarquent en Provence. Les partisans passent à des actions plus actives.

La première moitié du mois, il y a eu des combats avec les détachements punitifs, et le maquis change sans cesse de localisation. L’ordre est donné d’intensifier les activités de sabotage et de commencer à attaquer les unités nazies. Dans le sud, les nazis battent en retraite. Les partisans reçurent ainsi l’ordre de retarder leur retraite et de les attaquer plus activement.

24 au 26 août : batailles pour un grand carrefour ferroviaire et routier à Langon (département de la Gironde). Les Allemands de la division « Das Reich », les Italiens et la Légion du Turkestan tentent de percer jusqu’à Bordeaux et Sauterre, puis jusqu’à Limoges et Paris.

24 août : Stepan Grigorievich Kotsur (né en 1919), sergent de l’Armée Rouge, résistant du maquis de Lorette, accomplit un exploit héroïque en se précipitant vers une mitrailleuse allemande, et en la recouvrant de son corps. Il a ainsi assuré le succès de l’attaque des résistants. Les nazis sont chassés de la gare de Langon. Dans les batailles pour Langon, 2 chars allemandssont détruits, de nombreuses armes sont capturées ainsi que des prisonniers.

28 août : en milieu de journée les partisans sont de nouveau transférés à Langon. Les Français ont organisé des funérailles pour Stépan Kotsur avec les honneurs militaires. Il fut enterré sous le monument « aux Fils de Langon tombés pour la patrie en 1914-1918 ». Presque toute la population du village avec le maire a participé aux funérailles. Les partisans ont dit adieu à leur ami combattant en le saluant avec une mitrailleuse à trois coups.

Les habitants de Langon se souviennent encore de l’exploit de ce soldat soviétique, qui a donné sa vie pour leur liberté. Le monument est toujours fleuri de nos jours. Depuis 2004, la place à l’entrée de la ville porte le nom du héros.

En 2019, les membres de notre organisation (Organisation interrégionale des Anciens Combattants de la Résistance Française) « Combattants volontaires », ont visité la ville de Langon et a rendu hommage à notre soldat soviétique qui repose en terre de France.

À la fin des funérailles, les combattants du « Maquis de Lorette » sont partis en voiture en direction de Bordeaux, la principale ville de la région Aquitaine. Après une courte bataille le soir, ils sont entrés dans Bordeaux.

28 au 29 août: bataille nocturne à Bordeaux, élimination de foyers de résistance allemande isolés dans la ville.

La ville a été libérée par les forces FTPF-FFI sud-ouest de la France. Les forces anglo-américaines n’ont pas participé aux batailles pour la libération de cette région. Elles sont entrées dans Bordeaux trois jours plus tard. Alors les Britanniques et les Américains parlèrent avec admiration des victoires de l’Armée Rouge.

En 1946, le commandant des troupes américaines en Europe, le général George Marshall a déclaré : « La résistance a surpassé toutes nos attentes... retardant l’arrivée des renforts allemands et empêchant le regroupement des divisions ennemies... a assuré le succès de notre débarquement. Sans vos troupes, Maquis, tout aurait pu échouer ».
Ludmila Dobrynina
Médecin, membre de l’Association « Combattants volontaires »
Moscou
(Russie)
Ludmila Dobrynina avec le portrait de son père, Oleg Ozerov, près du Monument aux combattants russes tombés dans la Résistance