La Nuit : un cauchemar
Son premier livre, La Nuit, est un témoignage, mais aussi plus que cela, car au-delà de la description des faits historiques se dessine l’aventure d’une âme qui a cru que pour un temps, Dieu avait été massacré. Mais ce qui est le plus insupportable, c’est la réalité de Dieu et celle d’Auschwitz, inconciliables, et pourtant toutes les deux existantes. Dans le camp, Wiesel commence à se révolter contre sa croyance religieuse quand il voit ses compatriotes réciter pieusement le kaddish – la prière pour les morts. Il ne peut pas accepter que l’on répète : magnifié et sacrifié soit votre nom. Il ne peut pas prier Dieu pour l’horreur qu’il a vue ni accepter cette religion. Le camp de concentration nazi a provoqué son interrogation métaphysique au fond de son cœur.La Ville de la chance : description de la folie
La ville de la chance est en effet une œuvre portant sur la folie. Son exergue est tiré des Possédés de l’écrivain russe Dostoïevski : « J’ai un plan : devenir fou ». En 1943, il faut être fou pour croire en la puissance de l’homme sur son destin. Il faut être fou pour croire à la victoire de l’esprit sur les forces du Mal, pour envisager la possibilité d’une rédemption, d’un réconfort. Il faut avoir perdu ou sacrifié la raison pour croire en Dieu, pour croire en l’homme. La folie n’est rien d’autre qu’une sorte de libération de l’esprit : « La folie représentait toujours une porte donnant sur la forêt, sur la liberté où tout est permis, possible. Là, A ne précède pas B, les enfants naissent vieillards, le feu engendre le froid et la neige se fait source de désir. Là, les bêtes sont douées d’intelligence humaine et les démons font preuve du sens de l’humour. Là, tout est élan, passion et chaos ».Réflexion
Grâce aux efforts inlassables de Wiesel, nous avons une connaissance claire sur les camps de concentration nazi. Par rapport à Auschwitz, L’Enfer de Dante ne semble être qu’une fantasmagorie, et La Maison des morts de Dostoïevski n’est plus qu’un pauvre épouvantail à moineaux. Auschwitz est la fracture de notre histoire et de notre pensée, car il a irrémédiablement brisé les prétentions de la pensée humaine, et pour ainsi dire, divisé l’histoire et la pensée entre un avant et un après. Auschwitz est un Mal sans rémission. Ce crime inqualifiable ne pourra jamais être oublié. L’Holocauste ne peut jamais être considéré comme un sujet usé. Face aux drames qui se sont passés en Europe ces dernières années, nous constatons que notre monde est toujours en danger, bien qu’il soit éclairé de plus en plus par la raison, et marche de plus en plus vers la justice et la liberté. Les menaces pèsent toujours sur notre Terre. Néanmoins, nous devons pratiquer l’idée du « pardon » préconisé par Wiesel, être toujours optimistes, tout en espérant un bon avenir et croire en l’homme. Et tant qu’il y aura des hommes, il y aura de l’espoir. C’est l’Homme qui fera venir les temps messianiques. Une condamnation totale de l’espèce humaine serait vaine. Il n’y a pas d’autre salut, pas d’autre issue que d’œuvrer pour un monde meilleur. À cette condition, le traumatisme des années de guerre s’atténuera.