Le 22 juin 1941, les forces armées de l’Allemagne hitlérienne, aidées par leurs alliés roumains, hongrois, italiens, finlandais, croates et slovaques ainsi que par des fascistes français, espagnols, belges ... déferlent sur l’Union soviétique. Ils ont presque gagné la guerre. L’Europe est écrasée sous la botte nazie.
Quelques chiffres :
Le Danemark a résisté aux hordes nazies pendant 6 heures Les Pays Bas - 6 jours, La Belgique – 8 jours, La Pologne – 36 jours La France – 43 jours, La maison de Pavlov à Stalingrad – 58 jours
Staline et ses généraux avaient d’abord attendu l’ennemi à Moscou. Mais c’était le sud que Hitler visait. Hitler avait pointé une ville sur la carte - c’était Stalingrad - et avait dit : « Jusque-là. » Staline aussi avait mis le doigt sur la ville qui portait son nom et avait dit : « Pas plus loin. » C’est l’ordre qu’il avait donné à l’un des plus tenaces et habiles de ses généraux, Andréi Ieremenko, responsable du front sud-est, et à Nikita Khrouchtchev, son commissaire politique.
Le 23 août 1942, l’armée allemande convaincue de sa supériorité entre à Stalingrad, ne se doutant pas une seconde de ce qui l’attend. Hitler veut prendre à toute force la « ville de Staline » mais Stalingrad ne tombe pas. La ville de Stalingrad, étirée sur 60 kilomètres le long de la Volga, compte 600 000 habitants. Si elle tombe, la route du pétrole caucasien est ouverte à Hitler. Les chars de la 16e Panzerdivision traversent Spartakovka, faubourg de Stalingrad. Ces monstres d’acier sont stoppés par le feu nourri de pièces anti-aériennes. Quelle est la troupe qui leur tient tête de la sorte ? « Ces canons étaient servis par des femmes, pour la plupart ouvrières de l’usine Barricade, lancées dans la bataille sans aucune instruction militaire » (Jean Mabire, Stalingrad). L’affrontement entre l’élite de la Wehrmacht et ces ouvrières dure 24 heures, jusqu’au dernier canon anti-aérien positionné horizontalement, jusqu’à la dernière soldate puisqu’aucune, même isolée, n’a quitté son poste pour se mettre à l’abri. La ruée nazie dans Stalingrad est stoppée ; des renforts prennent position, mais toutes les filles, sans exception, ont été tuées. Cette ténacité héroïque du 1077e régiment anti-aérien symbolise bien la résistance sur la Volga en cette fin août 1942. L’espérance de vie d’un soldat soviétique arrivé dans Stalingrad est inférieure à 24 ans. Hitler y engage un quart de ses forces armées, des dizaines de fois plus nombreuses que celles stationnées en France. Le 13 septembre, disposant de forces deux fois supérieures, l’armée allemande lance un assaut en règle sur la ville. Les combats prennent aussitôt un aspect acharné, sans répit, seconde après seconde, dans un bruit incessant même la nuit. Autour des usines géantes Octobre rouge et Barricade, deux mondes s’affrontent sans pitié. Sous le feu combiné de l’artillerie et de l’aviation, entre 1 100 000 et 1 200 000 soldats soviétiques perdent la vie. Chaque quartier, chaque usine, chaque ruelle, chaque maison, chaque étage, chaque cave, chaque pièce devient un enjeu car pour réduire le domaine d’emploi de l’artillerie allemande, les soldats soviétiques ont choisi d’établir leurs lignes au plus près de l’ennemi. Ainsi, les combats pour « le kourgane de Mamaïev », « l’ascenseur à grain » ou la « maison de Pavlov » font des milliers de morts. Au fil des jours et au prix d’un tué toutes les sept secondes, l’armée allemande s’empare d’un dixième de Stalingrad, deux dixièmes... neuf dixièmes... Le 8 novembre 1942, Hitler annonce un peu vite la prise de tout Stalingrad.
Le 1er novembre 1942, 90 % de la ville est aux mains de la 6e Armée de Friedrich von Paulus. Pourtant, les tactiques de Vassilii Tchouikov finissent par payer. Les divisions allemandes sont épuisées, physiquement et moralement. La résistance opiniâtre des fusiliers soviétiques leur fait perdre 50 % de leur capacité dès les premières heures des assauts. L’usure des matériels et des hommes amène beaucoup d’unités à être considérées comme inaptes au combat. Chaque usine, chaque gare, chaque wagon, chaque maison, chaque étage fait l’objet d’affrontements acharnés pendant lesquels les lois de la guerre sont bafouées des deux côtés. La pression est constante, aucun repos n’est possible dans une cité en ruines ; et les renforts qui permettraient de faire tourner les unités n’arrivent qu’au compte-gouttes. Pour sa part, Tchouikov tient depuis septembre grâce à l’arrivée régulière de formations fraîches venant combler les pertes. Mais, depuis novembre, la Volga charrie des glaces dérivantes qui bloquent de ce fait les bateaux de ravitaillement. Avec des unités aux effectifs squelettiques, sans munitions, sans renforts, l’officier n’a plus les moyens d’arrêter la progression inexorable de la Wehrmacht. Seules les batteries d’artillerie continuent de la contenir. Les troupes enfermées dans Stalingrad ne pourront plus s’accrocher encore longtemps. Mais, en réalité, Tchouikov a rempli sa mission : tenir à n’importe quel prix.
En fait, les Russes profitent mieux de l’accalmie d’automne pour se renforcer et préparer la contre-attaque. Le 19 novembre 1942, le maréchal Joukov lance l’opération Uranus, soigneusement et secrètement préparée depuis deux mois pour prendre en tenailles cinq armées fascistes : la 8e italienne, les 3e et 4e roumaines, la 6e allemande et la 4e armée blindée allemande. En quatre jours, la pince se referme, et les décombres de l’agglomération martyrisée se transforment en piège. Les assaillants deviennent défenseurs. Un retournement de situation qui a pour conséquence de prolonger une des batailles urbaines les plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale jusqu’au 2 février 1943. Le 22 novembre, les deux pinces de la tenaille Joukov se rejoignent à Kalatch, parachevant l’encerclement de la 6e armée, à présent enfermée dans Stalingrad et la boucle de la Volga. Pourtant, le 16 décembre, une nouvelle offensive soviétique a pulvérisé la 8e armée italienne ne laissant aucune chance à la Wehrmacht de tenir le front de la Volga autour de Stalingrad. Hitler ne s’avoue évidemment pas vaincu. Il forme le nouveau Groupe d’armées du Don sous les ordres du fameux maréchal Erich von Manstein pour dégager la 6e armée. Au prix de sacrifices considérables, les blindés du général Hoth parviennent le 21 décembre à 48 kilomètres des lignes de l’armée von Paulus ; le quartier général nazi discute âprement mais donne ordre à la 6e armée de continuer à tenir les quartiers emportés de haute lutte dans Stalingrad plutôt que rejoindre l’avancée de Hoth. L’opération Uranus scelle le sort de la 6e Armée. Le cours des événements s’inverse radicalement par rapport au mois de septembre 1942. Les Soviétiques disposent maintenant de la supériorité numérique et de stocks de munitions conséquents. L’ennemi est affaibli par de longs mois d’une guerre de haute intensité, et pourtant les divisions russes vont buter sur les mêmes obstacles que les troupes de Paulus quelques semaines auparavant. La progression se fait à coups d’armes lourdes face à un adversaire qui ne lâche rien. Toutefois, la stratégie d’attrition mise en œuvre par Moscou finit par contraindre la 6e Armée à se rendre début février 1943, signant là l’échec le plus retentissant de la Wehrmacht à l’Est. Cette dernière n’est toutefois pas encore vaincue et conserve l’initiative stratégique. Par un froid sibérien, les Soviétiques continuent à contre-attaquer dans Stalingrad même, eux aussi, pièce par pièce, maison par maison, rue par rue. Début janvier, les soldats allemands sont en train de geler, sans nourriture, ni matériels ni munitions. Les chevaux sont mangés, la ration de pain quotidienne des soldats allemands ne dépasse pas cinquante grammes.
Le 8 janvier 1943, Paulus rejette un ultimatum qui offre une capitulation honorable. Le 12 janvier, le front de la 2e armée hongroise subit lui aussi une offensive massive et se disloque rapidement. Le 24 janvier, après de lourdes pertes, Paulus change d’état d’esprit et demande à Hitler l’autorisation de capituler. Ce dernier la lui refuse. Le 25 janvier, les Allemands ne tiennent plus qu’une zone de 100 kilomètres carrés. Le 26, une attaque de Rokossovski coupe la VIe armée en deux, une partie restant sous les ordres directs de Paulus au centre de la ville, une autre commandée par le général Strecker dans le secteur de l’usine Barricade. Du 31 janvier au 2 février, en dépit de l’interdiction d’Hitler, la 6e armée allemande capitule après deux mois et demi d’encerclement, isolée malgré les raids de la Luftwaffe, pilonnée nuit et jour, épuisée par la faim, le froid, la neige. Des 330 000 encerclés ne survivent que 120 000 prisonniers. Les forces de l’Axe ont perdu au total 800 000 hommes à Stalingrad, le quart des forces du front oriental. La bataille de Stalingrad, déclenchée en juillet 1942, durera 200 jours et 200 nuits où la ville sera le théâtre de féroces bombardements aériens allemands et de combats de rue d’une violence inouïe. Le 2 février 1943, les troupes du maréchal allemand Friedrich Von Paulus capituleront, encerclées par l’Armée rouge. Cette reddition fut la première de l’armée nazie depuis le début de la guerre. Le mythe de l’invincibilité allemande est détruit. Au total, cette bataille a fait environ deux millions de morts tous camps confondus, selon les chiffres officiels russes, et laisse la ville en ruines. Entièrement reconstruite sur ordre des autorités soviétiques, Stalingrad est rebaptisée Volgograd en 1961, huit ans après la mort de Joseph Staline.
La victoire soviétique de Stalingrad représente sans aucun doute un tournant majeur dans la Seconde Guerre Mondiale de par sa signification et sa nature car elle est considérée comme la bataille la plus sanglante de l’histoire, car on s’en souvient pour l’intensité de ses combats urbains, car elle marque le début de la retraite ininterrompue de l’armée hitlérienne en Europe de l’Est jusqu’à la défaite finale en 1945 avec la conquête de Berlin par l’Armée rouge. Pour les armées des pays fascistes, jusque-là triomphantes, Stalingrad marque un tournant décisif avant la défaite. Jusqu’à la fin de la guerre, Hitler ne dispose plus de réserves. La capitulation des troupes allemandes le 2 février 1943 devant les forces soviétiques est considérée comme le début de la fin des forces de l’Axe, qui y perdirent un quart de leurs armées et l’initiative sur le front est ; Stalingrad a donné aux peuples l’espoir de sortir de la barbarie hitlérienne. À compter de cette victoire, « l’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. » (Annie Lacroix-Riz, professeur émérite)
Pour conclure, laissons la parole à Albert Einstein qui déclara lorsqu’il apprit la victoire de Stalingrad : « Sans la Russie, ces chiens sanguinaires allemands auraient atteint leur but ou, en tout cas, en seraient proches. (...) Nos enfants et nous avons une énorme dette de gratitude envers le peuple russe qui a enduré tant d’immenses pertes et de souffrances. » En hommage à l'héroïsme des défenseurs de la ville, Stalingrad reçut le titre de « ville-héros », ainsi que l’ordre de Lénine et l’Étoile de Héros de l’Union soviétique. Depuis 2013, suite à une décision des élus locaux, la ville reprend le nom de Stalingrad six fois par an, notamment le 2 février pour l'anniversaire de la victoire dans la bataille de Stalingrad et le 9 mai, jour-anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie.
Jeanna Aroutiounova Présidente de l’AEFR, Enseignante, Université Russe de l’amitié des peuples Patrice Lumumba Moscou (Russie)