Salut! Ça va?

Une lettre du front

2025-08-10 13:59 2025-06
Cher lecteur, chère lectrice,

Vous voyez devant vos yeux le texte daté du 21 mars 1944. Oui, plus de 80 ans ce petit bout de papier plié en quatre « habitait » dans le tiroir du bureau. Je prends la plume pour vous raconter son histoire.

Il était une fois, une toute petite fille qui s’appelait Jeanna. Elle est née à Tbilissi avant la Grande Guerre Patriotique.

Dès les premiers jours de la Guerre, son père, officier de carrière, est parti au front.

Jeanna est restée avec sa maman et sa sœur aînée à Tbilissi. Chaque jour, Maman dépliait sur le plancher la carte géographique, montrait à ses filles où combattait leur père et disait tout bas : « Papa est ici. Papa est ici. » Elle répétait cette phrase sans arrêt, et la petite Jeanna gardait le silence. Les médecins consolaient Maman en disant : « N’ayez pas peur, votre fillette n’est pas muette, elle parlera quand son père reviendra du front à Tbilissi ».

Comme Maman travaillait, on a mis Jeanna dans le groupe qu’on appelait « sanatornaia », équivalent au groupe « piatidnévka » d’aujourd’hui. Un jour, on a annoncé la collecte des colis pour le front. Maman a tricoté des bas, a acheté deux paquets de cigarettes et a écrit une lettre à un inconnu de la part de Jeanna. Vous pouvez lire la réponse reçue par Jeanna en 1944.

Son père défendait la ville de Sébastopol et a été grièvement blessé. Dans le port il n’y avait qu’un seul canot de sauvetage qui emmenait une trentaine de blessés, pas plus. Grâce aux blessures reçues, le père a été pris à bord du canot qui a réussi à quitter la ville. Presque deux mois, on soignait le père à l’hôpital de Sotchi. Maman est allée chercher son mari à Sotchi et quand ils sont rentrés, le premier mot prononcé par Jeanna, c’était « papa ».

On me pose souvent la question : « Pourquoi tu t’appelles Jeanna ? » C’est une autre histoire, peut-être, je vais vous la raconter une autre fois.

LETTRE DU FRONT


(traduction du russe, orthographe et ponctuation conservées)

21 mars 1944.

Bonjour chère jeune patriote de notre patrie Jeannotchka !
Chère Janna je t’informe que le cadeau que tu as envoyé a bien été reçu par le major Konstantin Nikolaevitch Yakimov deux fois décoré.
J’ai aussi les mêmes filles Vera et Lucia qui a aussi 4 ans.
Jeannotchka ma fille Comme je suis heureux de devoir répondre par lettre à ton cher cadeau.
J’y réponds en jurant, chère Jeanna, de battre l’ennemi jusqu’au dernier souffle, car je sais que toi aussi tu éprouves les mêmes sentiments à l’égard de ces bandits brutaux.
Combien de chagrin et de souffrances ont été apportés à la terre russe. Ici, en Ukraine, pendant deux ans, nous n’avons pas pu entendre les voix retentissantes des garçons, tout gémissait sous le talon des Allemands. Mais chaque jour, l’écho des canons s’éloigne de plus en plus, et bientôt toute l’Ukraine célébrera la libération de son pays.
Et de nouveau, vos voix seront remplies de rires joyeux et de nouveau, tous les enfants, portant dans leur cœur la haine envers l’ennemi jusqu’à la mort, s’amuseront dans les écoles, les jardins d’enfants et les cours de récréation.
Au revoir, ma chère Jeanne. Salue ta maman et dis-lui un bon mot pour ton éducation.
Écris-moi à
poste de campagne n° 03220-A Yakimov K.N.
Jeanna Aroutiounova
Présidente de l’AEFR,
Enseignante, Université Russe de l’amitié des peuples Patrice Lumumba
Moscou (Russie)