Quatre-vingts ans après la fin de la guerre la plus meurtrière de l’histoire, les écrivains continuent de s’en inspirer. Pourquoi ?
Dans les livres sur la guerre, nous trouvons des réponses aux questions les plus fondamentales : Comment survivre à l’horreur et rester en vie ? Physiquement, mais aussi spirituellement ? Comment appréhender les actes commis par des êtres humains ? Peut-on pardonner l’impardonnable ? Comment vivre avec la culpabilité ? Faut-il s’en libérer ?
Ces questions trouvent leurs réponses dans les livres que je vais présenter dans cet article. Tous écrits au XXIe siècle par des auteurs de différentes nationalités et générations, ils placent au cœur de leur récit des enfants et leurs destins brisés.
« La Voleuse de livres » de l’Australien Markus Zusak se déroule dans l’Allemagne nazie. L’auteur, nourri depuis l’enfance par les récits de sa mère, témoin des bombardements de Munich et des colonnes de Juifs marchant vers leur destin, transpose cette mémoire en fiction.
Le choix narratif est saisissant : la Mort elle-même raconte. Mais l’héroïne est Liesel Meminger, 11 ans, confiée à une famille d’accueil après la disparition de son père communiste.
Le roman explore des thèmes récurrents mais essentiels, tels que l’emprise de la propagande sur les esprits, surtout juvéniles ; la complicité passive des civils allemands, le pouvoir salvateur des livres.
Lors d’un autodafé, Liesel sauve un livre des flammes, acte fondateur de sa résistance silencieuse. Les livres deviennent son armure contre la manipulation nazie, garants de son identité préservée.
Le livre de Markus Zusak nous permet de porter un regard compatissant sur la vie des Allemands ordinaires à la fin des années 1930 et dans les années 1940. Pourtant, comme l’auteur le souligne : « On peut éprouver de la pitié pour les Allemands dans leurs caves, mais ils avaient au moins une chance. Une cave n'est pas une douche. Personne ne les a poussés sous la douche. Pour ces gens, la vie était encore possible ».
Dans « Le garçon au pyjama rayé » de l’Irlandais John Boyne, l’histoire est également racontée « de l’intérieur ». Les événements sont présentés à travers les yeux naïfs de Bruno, un garçon de 9 ans qui, jusqu’à la fin, ne comprend pas la monstruosité de ce qui se passe. Bruno vit insouciamment avec ses parents dans une belle maison berlinoise. Mais la famille doit déménager à « Out-With » (Auschwitz) après la mutation du père. Bruno n’aime pas cet endroit - il n’y a pas d’école ni d’amis, personne avec qui jouer. De sa fenêtre, il voit un territoire clôturé de barbelés où des personnes en pyjamas rayés se déplacent. Et un jour, Bruno passe sous les barbelés...
Le titre du roman, qui mentionne les vêtements de camp, souligne un aspect crucial : dans les camps de concentration, on dépouillait les gens de leurs vêtements personnels pour les réduire à l’état de sous-hommes, avant de leur prendre la vie. En racontant cette histoire invraisemblable d’un fils de commandant d’Auschwitz pénétrant dans le camp, John Boyne fait du changement de vêtements de Bruno l’élément clé. En revêtant l’uniforme des détenus, le garçon franchit une frontière et entre dans un monde anormal où il « devient » un pyjama rayé et disparaît. Comme plus d’un million de détenus d’Auschwitz à qui on a d’abord volé leur identité, puis leur vie.
Le destin d’un enfant victime de la Shoah est au cœur du roman « Elle s’appelait Sarah » de Tatiana de Rosnay. Le livre s’inspire d’événements réels où les Français ont participé à l’extermination massive des Juifs. Le 16 juillet 1942, des gendarmes français ordinaires, sur ordre des nazis, ont rassemblé 14 000 Juifs parisiens et les ont envoyés au Vélodrome d’Hiver, puis à Auschwitz. Parmi les victimes se trouvaient 4 000 enfants de moins de 12 ans.
Dans la préface, Tatiana de Rosnay souligne : « Cette œuvre n’est pas une recherche historique et ne prétend pas l’être. C’est un hommage aux enfants raflés lors du Vel’ d’Hiv’. Aux enfants qui ne sont pas rentrés chez eux. Et à ceux qui ont survécu pour en témoigner ».
Dans le roman deux intrigues relient le passé et le présent. Dans le passé Sarah, 10 ans, se retrouve avec des milliers de personnes au Vel’ d’Hiv’ et doit être envoyée dans un camp de la mort. Mais son petit frère de 4 ans est caché dans un placard secret à la maison, et elle fait tout pour revenir le sauver : « Elle referma la porte sur son petit visage pâle et tourna la clé. Oui, il serait en sécurité ici. Elle en était sûre. La fille murmura son nom et posa sa main sur le panneau en bois : « Je reviendrai te chercher. Je te le promets ».
Au début du XXIe siècle Julia, une journaliste américaine, découvre les événements vieux de 60 ans liés à la famille de son mari. Elle enquête pour comprendre pourquoi les autorités françaises ont permis l’extermination de leurs compatriotes, et comment cette tragédie concerne sa propre famille. Julia parvient à percer le secret du passé, à créer des liens entre les générations et à libérer ses aînés du fardeau de la culpabilité.
À la fin, elle confie : « Dès qu’on m’a annoncé la naissance de ma fille, encore à la maternité, je savais déjà comment elle s’appellerait. Ma fille ne pouvait porter aucun autre nom. Elle était Sarah. Ma Sarah. Un hommage à cette autre Sarah, la petite fille avec une étoile jaune sur la poitrine, qui a changé ma vie à jamais ».
On constate ainsi que les auteurs contemporains, issus de différentes traditions littéraires – s’interrogent avec acuité sur : la nécessité de comprendre les causes profondes de la tragédie, la culpabilité collective et individuelle, les notions de châtiment et de rédemption.
Pour ces écrivains, la mémoire historique apparaît comme le seul rempart contre la répétition des horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Leurs œuvres constituent autant de vigies, nous rappelant que l’oubli serait la pire des trahisons envers les victimes.
Dans les livres sur la guerre, nous trouvons des réponses aux questions les plus fondamentales : Comment survivre à l’horreur et rester en vie ? Physiquement, mais aussi spirituellement ? Comment appréhender les actes commis par des êtres humains ? Peut-on pardonner l’impardonnable ? Comment vivre avec la culpabilité ? Faut-il s’en libérer ?
Ces questions trouvent leurs réponses dans les livres que je vais présenter dans cet article. Tous écrits au XXIe siècle par des auteurs de différentes nationalités et générations, ils placent au cœur de leur récit des enfants et leurs destins brisés.
« La Voleuse de livres » de l’Australien Markus Zusak se déroule dans l’Allemagne nazie. L’auteur, nourri depuis l’enfance par les récits de sa mère, témoin des bombardements de Munich et des colonnes de Juifs marchant vers leur destin, transpose cette mémoire en fiction.
Le choix narratif est saisissant : la Mort elle-même raconte. Mais l’héroïne est Liesel Meminger, 11 ans, confiée à une famille d’accueil après la disparition de son père communiste.
Le roman explore des thèmes récurrents mais essentiels, tels que l’emprise de la propagande sur les esprits, surtout juvéniles ; la complicité passive des civils allemands, le pouvoir salvateur des livres.
Lors d’un autodafé, Liesel sauve un livre des flammes, acte fondateur de sa résistance silencieuse. Les livres deviennent son armure contre la manipulation nazie, garants de son identité préservée.
Le livre de Markus Zusak nous permet de porter un regard compatissant sur la vie des Allemands ordinaires à la fin des années 1930 et dans les années 1940. Pourtant, comme l’auteur le souligne : « On peut éprouver de la pitié pour les Allemands dans leurs caves, mais ils avaient au moins une chance. Une cave n'est pas une douche. Personne ne les a poussés sous la douche. Pour ces gens, la vie était encore possible ».
Dans « Le garçon au pyjama rayé » de l’Irlandais John Boyne, l’histoire est également racontée « de l’intérieur ». Les événements sont présentés à travers les yeux naïfs de Bruno, un garçon de 9 ans qui, jusqu’à la fin, ne comprend pas la monstruosité de ce qui se passe. Bruno vit insouciamment avec ses parents dans une belle maison berlinoise. Mais la famille doit déménager à « Out-With » (Auschwitz) après la mutation du père. Bruno n’aime pas cet endroit - il n’y a pas d’école ni d’amis, personne avec qui jouer. De sa fenêtre, il voit un territoire clôturé de barbelés où des personnes en pyjamas rayés se déplacent. Et un jour, Bruno passe sous les barbelés...
Le titre du roman, qui mentionne les vêtements de camp, souligne un aspect crucial : dans les camps de concentration, on dépouillait les gens de leurs vêtements personnels pour les réduire à l’état de sous-hommes, avant de leur prendre la vie. En racontant cette histoire invraisemblable d’un fils de commandant d’Auschwitz pénétrant dans le camp, John Boyne fait du changement de vêtements de Bruno l’élément clé. En revêtant l’uniforme des détenus, le garçon franchit une frontière et entre dans un monde anormal où il « devient » un pyjama rayé et disparaît. Comme plus d’un million de détenus d’Auschwitz à qui on a d’abord volé leur identité, puis leur vie.
Le destin d’un enfant victime de la Shoah est au cœur du roman « Elle s’appelait Sarah » de Tatiana de Rosnay. Le livre s’inspire d’événements réels où les Français ont participé à l’extermination massive des Juifs. Le 16 juillet 1942, des gendarmes français ordinaires, sur ordre des nazis, ont rassemblé 14 000 Juifs parisiens et les ont envoyés au Vélodrome d’Hiver, puis à Auschwitz. Parmi les victimes se trouvaient 4 000 enfants de moins de 12 ans.
Dans la préface, Tatiana de Rosnay souligne : « Cette œuvre n’est pas une recherche historique et ne prétend pas l’être. C’est un hommage aux enfants raflés lors du Vel’ d’Hiv’. Aux enfants qui ne sont pas rentrés chez eux. Et à ceux qui ont survécu pour en témoigner ».
Dans le roman deux intrigues relient le passé et le présent. Dans le passé Sarah, 10 ans, se retrouve avec des milliers de personnes au Vel’ d’Hiv’ et doit être envoyée dans un camp de la mort. Mais son petit frère de 4 ans est caché dans un placard secret à la maison, et elle fait tout pour revenir le sauver : « Elle referma la porte sur son petit visage pâle et tourna la clé. Oui, il serait en sécurité ici. Elle en était sûre. La fille murmura son nom et posa sa main sur le panneau en bois : « Je reviendrai te chercher. Je te le promets ».
Au début du XXIe siècle Julia, une journaliste américaine, découvre les événements vieux de 60 ans liés à la famille de son mari. Elle enquête pour comprendre pourquoi les autorités françaises ont permis l’extermination de leurs compatriotes, et comment cette tragédie concerne sa propre famille. Julia parvient à percer le secret du passé, à créer des liens entre les générations et à libérer ses aînés du fardeau de la culpabilité.
À la fin, elle confie : « Dès qu’on m’a annoncé la naissance de ma fille, encore à la maternité, je savais déjà comment elle s’appellerait. Ma fille ne pouvait porter aucun autre nom. Elle était Sarah. Ma Sarah. Un hommage à cette autre Sarah, la petite fille avec une étoile jaune sur la poitrine, qui a changé ma vie à jamais ».
On constate ainsi que les auteurs contemporains, issus de différentes traditions littéraires – s’interrogent avec acuité sur : la nécessité de comprendre les causes profondes de la tragédie, la culpabilité collective et individuelle, les notions de châtiment et de rédemption.
Pour ces écrivains, la mémoire historique apparaît comme le seul rempart contre la répétition des horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Leurs œuvres constituent autant de vigies, nous rappelant que l’oubli serait la pire des trahisons envers les victimes.
Natalia Kireeva
Enseignante
Université pédagogique d’État
Blagovechtchensk (Russie)
Enseignante
Université pédagogique d’État
Blagovechtchensk (Russie)