Tout a commencé par les bandes dessinées Rodina de Baru parues en 2023 qu’un de mes amis français m’a montrées. J’ai vu une belle illustration d’une dame âgée et quelques lignes qui m’ont donné à savoir qu’il s’agissait d’Alexandra Paramonova, habitante de Novotcherkassk, combattante de la Résistance française. N’étant pas d’origine de cette ville, où j’habite maintenant, je ne savais rien sur cette histoire extraordinaire avant et je voulais bien la découvrir. Grâce à la famille de Mme Paramonova, M. René Barchi, M. Patrick Masson c’est devenu possible.
Alexandra Sergueïevna Paramonova est née en 1914 à Rostov-sur-le-Don. Après avoir obtenu son diplôme de l’école technique industrielle, elle travaille comme chimiste analytique.
À la veille de la guerre, elle déménage avec son mari militaire Mikhaïl et leurs deux filles, Larissa et Nelly, à Minsk. En été 1941, les hitlériens bombardent sa ville et son époux est obligé de rejoindre son régiment sans pouvoir ensuite évacuer sa famille. Dans la ville occupée, Alexandra devient une combattante clandestine. Elle obtient un emploi d’infirmière dans un hôpital allemand, où elle se procure et distribue des médicaments aux partisans.
À cause d’un traître, le 26 octobre 1943, elle est arrêtée par la Gestapo. Après avoir été atrocement interrogée et sans rien dire sauf « je ne le sais pas », elle attend son sort sur un sol de pierre froide, en lisant les inscriptions laissées par les prisonniers précédents : « Nous sommes trois, nous n’avons pas dit un mot. Cramponnez-vous, camarades. Vania, Petia, Nina », « Au revoir, Galotchka. Ceci est ma dernière lettre. Ils me pendront demain. Désolé, ma chérie, pour un débraillé. Tu te souviens qu’avec un stylo j’avais une écriture laide, mais avec un clou, c’est encore pire. Ton Nicolaï », « Nous mourrons, mais nous croyons que la bonne cause triomphera. Impossible de nous faire mettre à genoux. Amis, quand l’heure de la victoire sonnera et la Russie vérifiera ses fils – répondez à l’appel au lieu de nous. Nous avons fait tout ce que nous pouvions ». Alexandra passe quatre mois en prison. Elle entendra et mémorisera pour toute sa vie la dernière chanson interprétée dans la cellule par Anna Chevtchenko, combattante clandestine, qui sera ensuite fusillée comme beaucoup d’autres de ses compatriotes.
Heureusement, Alexandra a eu de la chance : il manque de preuves pour dévoiler sa culpabilité et, le 15 février 1944, elle est envoyée au camp de concentration d’Errouville (Meurthe-et-Moselle) pour les travaux forcés à la mine de Thil en Lorraine. Pourtant, justement les plus fortes femmes y arriveront : les plus faibles seront mises au camion à gaz en Biélorussie, les autres, épuisées par la faim, devaient survivre aux wagons qui les amenaient 11 jours en France.
Le travail dans les conditions inhumaines au profit des nazis, qui voulaient aménager la mine à l’usine militaire souterraine pour assembler les missiles V1 à l’abri, n’a pas duré pas longtemps. Le 5 mai 1944 Alexandra s’évade dans les forêts de l’Argonne avec d’autres femmes à l’aide des maquisards. Ainsi, à la Résistance française, s’organise le détachement féminin Rodina (Patrie) sous le commandement de Nadiejda Lissovets et Rosalia Fridzon malgré une opposition initiale du Capitaine français Jacques (Jules Montanri). Il leur a proposé d’être hébergées chez les habitants de la région jusqu’à la fin de la guerre, car, à son avis, les femmes ne doivent pas faire la guerre. Pourtant, nos femmes ont bien montré leur courage dans les tâches qui leur sont finalement confiées : combat, soins médicaux et ravitaillement. Affectée au détachement, Alexandra résiste aux nazis allemands côte-à-côte avec les maquis français dans département de la Meuse et de la Moselle jusqu’au 15 octobre 1944.
Mme Paramonova a gardé des souvenirs chaleureux de l’hospitalité des Français locaux, qui partageaient leur repas et leurs vêtements. Nadia Venner était une petite fille à cette époque-là, mais elle n’oubliera jamais le dîner avec les femmes russes accueillies par sa famille et les paroles d’Alexandra qui, malgré toutes les horreurs vécues, parlait avec la douceur de la beauté de la vie, qu’il fallait savoir profiter de la vie, qu’elle est si belle avec toutes ses fleurs, avec tous ses parfums, avec tous ses arbres... Nadia deviendra une artiste-peintre et ses souvenirs prendront vie dans ses peintures. Elle gardera toujours une photo d’Alexandra avec quelques mots écrits :
08.08.1944
Pour un long souvenir d’une femme russe.
Paramonova Alexandra Sergueïevna, demeurant dans la ville de Rostov-sur-le-Don.
Gardez-le et ne le perdez pas.
Signature
Mme Venner apprendra le russe et un jour, des années plus tard, écrira une lettre à cette femme russe…
Après la libération de la France, Mme Paramonova est engagée comme assistante d’Alexandre Bogomolov, ambassadeur de l’URSS à Paris, qui l’aide à retrouver sa famille. C’était un vrai miracle à l’époque : tous sont restés en vie. Tout ce temps, ses filles Larissa et Nelly étaient sous surveillance de deux femmes. Après les retrouvailles, les épreuves ne cessent pas. Mikhaïl est officier de renseignement d’origine électromagnétique au NKVD. Son épouse était prisonnière de l’ennemi, donc, il doit faire un choix : sa carrière ou sa famille. Il reste finalement avec sa famille et surmonte toutes les difficultés qui les attendent. Sans pouvoir trouver un bon emploi pour la même cause, la famille déménage à Novotcherkassk.
Justement après la visite de De Gaulle en Union soviétique en 1966, l’histoire du détachement Rodina tombe dans les journaux, et les décorations trouvent leurs héroïnes. En 1997, Mme Paramonova sera également décorée par le gouvernement français.
En France, M. René Barchi, originaire de Thil, commence à s’intéresser à ce sujet, fait des recherches monumentales et a mis en lumière les différents détails de l’histoire du détachement Rodina. Il interroge les témoins de ces événements. En 2012, il vient à Novotcherkassk pour rencontrer et faire des interviews rares avec Alexandra Paramonova, dernière combattante en vie.
En 2014, le titre de citoyenne d’honneur de Thil a été remis à Alexandra Sergueïevna par son maire Annie Silvestri.
Quelques mois après, Mme Paramonova s’est éteinte.
Les habitants de Thil avec son maire Mme Silvestri ont fait beaucoup pour commémorer les évènements historiques et nos héroïnes dans sa ville : inauguration du mémorial à leur honneur et belles cérémonies.
En 2015, les habitants de Novotcherkassk avec son maire Vladimir Kirguïntsev présentent la plaque commémorative d’Alexandra Paramonova sur la maison où elle demeura.
Aujourd’hui, au sein du musée d’histoire militaire populaire de la Grande Guerre patriotique Les Hauteurs de Sambek (région de Rostov, Russie), il existe un stand dédié à la participation du peuple soviétique à la Résistance française, où, sous les sons de la célèbre chanson des partisans d’Anna Marly, on peut voir la carte de combattant de Mme Paramonova.
Le mois de décembre 2024 a marqué le 110e anniversaire d’Alexandra Sergueïevna. Du 4 au 6 décembre 2024, l’Institut Franco-Russe de l’Université Polytechnique d’État du Sud de la Russie M.I. Platov (UPESR) a organisé une exposition en son honneur, en ayant proposé des documents, des lettres, des livres et des photographies uniques, collectés grâce à la famille de Mme Paramonova et aux partenaires français.
Notre invité spécial M. René Barchi est venu de France pour participer aux commémorations : déposer des fleurs sur la plaque commémorative, rencontrer la famille, les habitants de la ville de Novotcherkassk, le personnel et les étudiants de l’UPESR.
Après avoir regardé le documentaire Rodina ou les secrets de la mine abandonnée de Vladimir Bokoun, la lettre émouvante d’Annie Silvestri, adressée aux participants de l’hommage a été lue.
René Barchi a partagé ses souvenirs, comment une succession de coïncidences aléatoires l’a amené à faire des recherches sur l'histoire du détachement féminin qui a lutté contre les nazis en France. Et aujourd'hui, ce sujet continue à toucher les Français. Le groupe local Carnyx a écrit et interprété sa chanson sur Rodina. En réponse, la composition de Sergueï Tchetchetko sur le poème de Svetlana Galaganova leur a été envoyée de la part russe.
La présence à l’événement de la famille de Mme Paramonova – de ceux qui la connaissaient bien – a été particulièrement précieuse.
Non seulement les actes héroïques d’Alexandra Paramonova méritent l’attention, mais aussi sa personnalité elle-même : malgré toutes les difficultés, elle a toujours été positive, a beaucoup aimé la vie, savait trouver la joie et l’espoir même dans les circonstances affreuses. C’est exactement ce qui peut servir de bon exemple pour nous tous et pour les jeunes.
Cela fait plus de dix ans que Mme Paramonova n’est plus parmi nous, mais la mémoire d’elle et de son exploit restera à jamais chérie et sera transmise de génération en génération pour les Russes et pour les Français.
Alexandra Sergueïevna Paramonova est née en 1914 à Rostov-sur-le-Don. Après avoir obtenu son diplôme de l’école technique industrielle, elle travaille comme chimiste analytique.
À la veille de la guerre, elle déménage avec son mari militaire Mikhaïl et leurs deux filles, Larissa et Nelly, à Minsk. En été 1941, les hitlériens bombardent sa ville et son époux est obligé de rejoindre son régiment sans pouvoir ensuite évacuer sa famille. Dans la ville occupée, Alexandra devient une combattante clandestine. Elle obtient un emploi d’infirmière dans un hôpital allemand, où elle se procure et distribue des médicaments aux partisans.
À cause d’un traître, le 26 octobre 1943, elle est arrêtée par la Gestapo. Après avoir été atrocement interrogée et sans rien dire sauf « je ne le sais pas », elle attend son sort sur un sol de pierre froide, en lisant les inscriptions laissées par les prisonniers précédents : « Nous sommes trois, nous n’avons pas dit un mot. Cramponnez-vous, camarades. Vania, Petia, Nina », « Au revoir, Galotchka. Ceci est ma dernière lettre. Ils me pendront demain. Désolé, ma chérie, pour un débraillé. Tu te souviens qu’avec un stylo j’avais une écriture laide, mais avec un clou, c’est encore pire. Ton Nicolaï », « Nous mourrons, mais nous croyons que la bonne cause triomphera. Impossible de nous faire mettre à genoux. Amis, quand l’heure de la victoire sonnera et la Russie vérifiera ses fils – répondez à l’appel au lieu de nous. Nous avons fait tout ce que nous pouvions ». Alexandra passe quatre mois en prison. Elle entendra et mémorisera pour toute sa vie la dernière chanson interprétée dans la cellule par Anna Chevtchenko, combattante clandestine, qui sera ensuite fusillée comme beaucoup d’autres de ses compatriotes.
Heureusement, Alexandra a eu de la chance : il manque de preuves pour dévoiler sa culpabilité et, le 15 février 1944, elle est envoyée au camp de concentration d’Errouville (Meurthe-et-Moselle) pour les travaux forcés à la mine de Thil en Lorraine. Pourtant, justement les plus fortes femmes y arriveront : les plus faibles seront mises au camion à gaz en Biélorussie, les autres, épuisées par la faim, devaient survivre aux wagons qui les amenaient 11 jours en France.
Le travail dans les conditions inhumaines au profit des nazis, qui voulaient aménager la mine à l’usine militaire souterraine pour assembler les missiles V1 à l’abri, n’a pas duré pas longtemps. Le 5 mai 1944 Alexandra s’évade dans les forêts de l’Argonne avec d’autres femmes à l’aide des maquisards. Ainsi, à la Résistance française, s’organise le détachement féminin Rodina (Patrie) sous le commandement de Nadiejda Lissovets et Rosalia Fridzon malgré une opposition initiale du Capitaine français Jacques (Jules Montanri). Il leur a proposé d’être hébergées chez les habitants de la région jusqu’à la fin de la guerre, car, à son avis, les femmes ne doivent pas faire la guerre. Pourtant, nos femmes ont bien montré leur courage dans les tâches qui leur sont finalement confiées : combat, soins médicaux et ravitaillement. Affectée au détachement, Alexandra résiste aux nazis allemands côte-à-côte avec les maquis français dans département de la Meuse et de la Moselle jusqu’au 15 octobre 1944.
Mme Paramonova a gardé des souvenirs chaleureux de l’hospitalité des Français locaux, qui partageaient leur repas et leurs vêtements. Nadia Venner était une petite fille à cette époque-là, mais elle n’oubliera jamais le dîner avec les femmes russes accueillies par sa famille et les paroles d’Alexandra qui, malgré toutes les horreurs vécues, parlait avec la douceur de la beauté de la vie, qu’il fallait savoir profiter de la vie, qu’elle est si belle avec toutes ses fleurs, avec tous ses parfums, avec tous ses arbres... Nadia deviendra une artiste-peintre et ses souvenirs prendront vie dans ses peintures. Elle gardera toujours une photo d’Alexandra avec quelques mots écrits :
08.08.1944
Pour un long souvenir d’une femme russe.
Paramonova Alexandra Sergueïevna, demeurant dans la ville de Rostov-sur-le-Don.
Gardez-le et ne le perdez pas.
Signature
Mme Venner apprendra le russe et un jour, des années plus tard, écrira une lettre à cette femme russe…
Après la libération de la France, Mme Paramonova est engagée comme assistante d’Alexandre Bogomolov, ambassadeur de l’URSS à Paris, qui l’aide à retrouver sa famille. C’était un vrai miracle à l’époque : tous sont restés en vie. Tout ce temps, ses filles Larissa et Nelly étaient sous surveillance de deux femmes. Après les retrouvailles, les épreuves ne cessent pas. Mikhaïl est officier de renseignement d’origine électromagnétique au NKVD. Son épouse était prisonnière de l’ennemi, donc, il doit faire un choix : sa carrière ou sa famille. Il reste finalement avec sa famille et surmonte toutes les difficultés qui les attendent. Sans pouvoir trouver un bon emploi pour la même cause, la famille déménage à Novotcherkassk.
Justement après la visite de De Gaulle en Union soviétique en 1966, l’histoire du détachement Rodina tombe dans les journaux, et les décorations trouvent leurs héroïnes. En 1997, Mme Paramonova sera également décorée par le gouvernement français.
En France, M. René Barchi, originaire de Thil, commence à s’intéresser à ce sujet, fait des recherches monumentales et a mis en lumière les différents détails de l’histoire du détachement Rodina. Il interroge les témoins de ces événements. En 2012, il vient à Novotcherkassk pour rencontrer et faire des interviews rares avec Alexandra Paramonova, dernière combattante en vie.
En 2014, le titre de citoyenne d’honneur de Thil a été remis à Alexandra Sergueïevna par son maire Annie Silvestri.
Quelques mois après, Mme Paramonova s’est éteinte.
Les habitants de Thil avec son maire Mme Silvestri ont fait beaucoup pour commémorer les évènements historiques et nos héroïnes dans sa ville : inauguration du mémorial à leur honneur et belles cérémonies.
En 2015, les habitants de Novotcherkassk avec son maire Vladimir Kirguïntsev présentent la plaque commémorative d’Alexandra Paramonova sur la maison où elle demeura.
Aujourd’hui, au sein du musée d’histoire militaire populaire de la Grande Guerre patriotique Les Hauteurs de Sambek (région de Rostov, Russie), il existe un stand dédié à la participation du peuple soviétique à la Résistance française, où, sous les sons de la célèbre chanson des partisans d’Anna Marly, on peut voir la carte de combattant de Mme Paramonova.
Le mois de décembre 2024 a marqué le 110e anniversaire d’Alexandra Sergueïevna. Du 4 au 6 décembre 2024, l’Institut Franco-Russe de l’Université Polytechnique d’État du Sud de la Russie M.I. Platov (UPESR) a organisé une exposition en son honneur, en ayant proposé des documents, des lettres, des livres et des photographies uniques, collectés grâce à la famille de Mme Paramonova et aux partenaires français.
Notre invité spécial M. René Barchi est venu de France pour participer aux commémorations : déposer des fleurs sur la plaque commémorative, rencontrer la famille, les habitants de la ville de Novotcherkassk, le personnel et les étudiants de l’UPESR.
Après avoir regardé le documentaire Rodina ou les secrets de la mine abandonnée de Vladimir Bokoun, la lettre émouvante d’Annie Silvestri, adressée aux participants de l’hommage a été lue.
René Barchi a partagé ses souvenirs, comment une succession de coïncidences aléatoires l’a amené à faire des recherches sur l'histoire du détachement féminin qui a lutté contre les nazis en France. Et aujourd'hui, ce sujet continue à toucher les Français. Le groupe local Carnyx a écrit et interprété sa chanson sur Rodina. En réponse, la composition de Sergueï Tchetchetko sur le poème de Svetlana Galaganova leur a été envoyée de la part russe.
La présence à l’événement de la famille de Mme Paramonova – de ceux qui la connaissaient bien – a été particulièrement précieuse.
Non seulement les actes héroïques d’Alexandra Paramonova méritent l’attention, mais aussi sa personnalité elle-même : malgré toutes les difficultés, elle a toujours été positive, a beaucoup aimé la vie, savait trouver la joie et l’espoir même dans les circonstances affreuses. C’est exactement ce qui peut servir de bon exemple pour nous tous et pour les jeunes.
Cela fait plus de dix ans que Mme Paramonova n’est plus parmi nous, mais la mémoire d’elle et de son exploit restera à jamais chérie et sera transmise de génération en génération pour les Russes et pour les Français.
Elena SYDOROVA
Directrice de l’Institut Franco-Russe
Université polytechnique d'État de Russie de Sud M.I. Platov
Novotcherkassk (Russie)
Directrice de l’Institut Franco-Russe
Université polytechnique d'État de Russie de Sud M.I. Platov
Novotcherkassk (Russie)