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La francophonie en chansons

2024-04
Depuis le début du XXe siècle, la chanson a pris une nouvelle dimension dans la vie des hommes. Grâce à l’évolution technologique, au développement du bien-être, elle s’est mise à accompagner tous les moments d’une période où, plus que jamais, les évènements se sont accélérés. La chanson française/ francophone a suivi le mouvement, au gré de modes qui ne lui ont pas toujours été favorables, solidement enracinée autour d’interprètes exceptionnels mais aussi et surtout de mélodies ou de textes extraordinaires.

С’est le Québec qui est épicentre de la chanson francophone en Amérique du Nord et là, on chante en français, avec d’autant plus de force que c’est souvent un moyen d’exprimer son identtité culturelle et politique. On peut dire que dans le vaste domaine de la chanson francophone, les Québecoises raflent la mise. Le leader cajun, Zachary Richard, artiste essentiel à la musique francophone nord américaine, est très engagé, dans ses chansons mais également à titre personnel, dans la promotion et le maintien de la culture et de la langue françaises en Louisiane, face à la culture anglophone américaine envahissante. Le Québec a toujours chanté, et bien évidemment en français… et il a donné à la francophonie plusieurs de ses grands talents. D’abord fondée sur des textes servis par des mélodies très variées, la chanson québécoise est toujours portée par des voix. Elles ont fait et font sa renommée et lui ont aussi permis de traverser l’Atlantique, voire de parcourir le Monde. Le répertoire québécois est immense, il s’étend sans cesse et touche toutes les formes de musique. Inévitablement influencé par la proximité anglophone et les USA, il a cependant su développer, et ceci quels que soient les styles, ses propres spécificités et donner à la Francophonie de l’originalité, de la saveur et surtout du fond. De La Bolduc à Isabelle Boulay, de Félix Leclerc à Eric Lapointe, le talent était là, et le travail acharné a ensuite fait le reste. C’est aussi une caractéristique majeure de la chanson dans la Belle Province : on ne réussit pas sans travailler fort et la plus célèbre artiste québécoise, Céline Dion, en est le parfait symbole.

Céline Dion est née le 30 mars 1967 à Charlemagne au Québec. Benjamine d’une famille de 14 enfants, la jeune Céline n’a pas les meilleures notes en classe, mais sa voix impessionne très tôt ses proches. En 1980, sa mère et son frère Jacques, persuadés de son potentiel, collaborent avec elle pour composer et lui faire enregistrer sa première chanson, Ce n’était qu’un rêve. La chanson est envoyée à l’impresario René Angelil qui impressionné par la voix de la jeune fille de 12 ans, la convoque et décide de financer ses premiers albums. Pendant 10 ans, Céline Dion gravit progressivement les échelons, à raison d’un album sorti tous les ans et des disques d’or au Canada. En 1995, elle rencontre le compositeur français Jean-Jacques Goldman qui lui écrit l’album D’eux. Cette collaboration porte ses fruits : la chanteuse devient incontournable dans l’Europe francophone : une star est née.

Céline Dion est rejointe par Lara Fabian, sa concitoyenne d’adoption, d’origine belge. Lara Crokaert (son vrai nom) est née le 9 janvier 1970 à Etterbeck en Belgique. Elle passe les cinq premières années de sa vie en Sicile, pays d’origine de sa mère, Maria Luisa, avant de revenir à Ruisbroek, en périphérie de Bruxelles. Dès l’âge de 6 ans, elle s’intéresse à la musique et reçoit un piano pour la Saint-Nicolas. En 1978, ses parents l’inscrivent au Conservatoire Royal de Bruxelles où elle étudie le chant lyrique et commence à rédiger des petits textes. À 14 ans, son père l’autorise à chanter dans un pub de Bruxelles à condition de l’accompagner à la guitare. Elle se produit ainsi pendant quelques années, gagne quelques concours amateurs et se fait remarquer par Hubert Terheggen, producteur de RTL Luxembourg qui décide de la sélectionner pour le concours de l’Eurovision en 1988 pour représenter le Luxembourg. Elle termine à la quatrième place, le concours est remporté par une autre grande voix, Céline Dion. En 1991, au Québec, sort son premier album intitulé Lara Fabian (pour trouver son nom de scène elle s’est inspirée du patronyme de sa famille maternelle Fabiano). Elle rencontre immédiatement un grand succès au Canada. C’est en 1997 que le public français la découvre avec le titre Je t’aime. En 2010, elle élargit son public vers l’Europe de l’Est, et sort en Russie et en Ukraine l’album Mademoiselle Zhivago avec le compositeur russe Igor Krutoi.

La faveur du public pour les « chanteuses à voix » ne se dément pas d’où l’afflux constant de nouvelles recrues. Dernière en date, la jeune Isabelle Boulay qui dès son plus jeune âge se passionne pour la chanson. À 8 ans à peine, elle ravit les clients du restaurant de ses parents en y chantant les chansons de ses artistes préférés. En 1991, elle remporte son premier concours, celui du Festival international de la chanson de Granly, en y interprétant Amsterdam de Jacques Brel. Ce succès lui vaut d'être invitée aux célèbres Francofolies de Montréal. Après d'autres festivals réussis, elle élargit son public en prêtant sa voix dans la série télévisée Alys Robi. Simultanément Luc Plamondon la repère et lui offre le rôle de Marie-Jeanne dans la comédie musicale Starmania. Après plus de 350 représentations, Isabelle Boulay se lance dans une carrière solo. La France et le Québec se l'arrachent, elle devient une véritable faiseuse de tubes et son album Mieux qu'ici-bas est nommé disque de diamant. Isabelle Boulay voit sa carrière être récompensée par quatre Félix en 2008, en tant qu'artiste québécois le plus illustré hors du Québec, scripteur de spectacles de l'année, interprète féminine de l'année, et spectacle de l'année. En 2012, elle est nommée Chevalière de l’Ordre national du Québec.

Dans un registre nettement plus intime, la rayonnante Lynda Lemay a su, quant à elle, faire reconnaître la grâce de son écriture. C'est à l'âge de 9 ans que Lynda Lemay écrit sa première chanson : Papa es-tu là ? Après des études littéraires, elle montre un talent d'écriture qui lui vaut dès 1989 le prix auteur-compositeur-interprète au Festival international de la chanson de Granby pour La Veilleuse. En 1996, elle remporte le prix spécial et le prix du public du Tremplin de la chanson des Hauts-de-Seine. La même année, Charles Aznavour l'entend sur la scène du festival de Jazz de Montreux. Subjugué par son talent, il la prend sous son aile. En janvier 2005, elle a présenté pour la première fois en France son opéra folk Un éternel hiver. Une histoire d'amour et de haine qu'elle a entièrement écrite, composée et mise en scène. Durant l'année 2010, Lynda Lemay entame une grande tournée. Elle la commence en France de janvier à avril, puis la poursuit au Québec en juin et en septembre, avant de la terminer par un retour en France en novembre et décembre, avec une date en Belgique. Juste avant de poursuivre sa tournée québécoise, Lynda Lemay lance son douzième album intitulé Blessée.Fin 2019, après 2 années de pause, elle annonce son grand retour avec le projet Il était onze fois et annonce une longue série de spectacles La vie est un conte de fous au Québec et à travers la francophonie.

Les Québécois rivalisent avec les Québécois. Luc Plamondon né le 2 mars 1942, est un parolier et producteur de musique, bien connu du grand public pour ses comédies musicales à succès, telles que Starmania ou Notre-Dame de Paris. Enfant, il apprend le piano, puis vit passionnément sa jeunesse, entre voyages, théâtre, études d’art et apprentissage de plusieurs langues. Il revient vers la musique en 1970 en tant que parolier, et signe son premier succès avec la chanson Les Chemins d’été. Il collabore ensuite avec de nombreux interprètes français et québécois. En 1976, en collaboration avec Michel Berger il écrit l’opéra rock Starmania qui a eu un succès incroyable. En 1998, un autre grand succès, Notre-Dame de Paris, écrit sur des musiques de Richard Cocciante. Le spectacle était joué quatre fois à guichets fermés dans une salle parisienne, le disque s’est arraché en France, en Belgique et au Canada, et le spectacle est depuis parti en tournée. Producteur de génie, parolier de centaines de chansons dont plusieurs dizaines de tubes, Luc Plamondon est un véritable monument de la chanson francophone.

Il ne faut pas non plus négliger les Belges et les Suisses qui se produisent sur la scène avec brio.

Maurane (de son vrai nom Claudine Luypaerts), chanteuse, auteure-compositrice-interprète, comédienne belge, a été l’une des interprètes de Starmania avant de poursuivre sa carrière en solo. Elle est née le 12 novembre 1960 à Ixelles (région de Bruxelles). Son enfance est bercée par la musique. Entre un père compositeur et une mère professeure de piano, elle se présente à un concors de chant sous le pseudonyme de Claudie Claude. Elle participe au spectacle Brel en mille temps, sort ses premiers 45 tours dans les années 1980. Elle a interprété de nombreux titres tels que Sur un prélude de Bach ou Toutes les mamas, Tu es mon autre (en duo avec Lara Fabian). En 1985, elle se fait appeler Maurane et assure ses premières scènes à Paris. C’est en 1988 que Michel Berger la remarque et l’engage dans Starmania. « Chanteuse à voix » – « elle aussi a un diamant dans la gorge », dit d’elle Maxime Le Forestier, - son répertoire, s’il se cherche encore, est plus exigeant que celui de ses collègues. »

L’arrivée en trombe d’Axelle Red ne la menace pas sur son territoire. La rousse Flamande, de nationalité belge, est la seule francophone réellement convaincante dans le « soul » des années 70. Il y a quelques mois, elle a partagé la scène avec des stars de la soul et du rythm’n’blues, Issac Hayes mais aussi Wilson Pickett ou Percy Sledge. Après avoir préludé à la Coupe du monde de football en duo avec le Sénégalais Youssou N’Dour, Axelle Red a été élue artiste féminine de l’année aux dernières Victoires de la musique.

En Suisse, la chanson collectionne moins les Disques d’or ou de platine que les artistes originaux. Stepan Elcher toujours, électrique, polyglotte, ambassadeur d’une européanité intérieure. Sarclo, salubre citoyen du monde, a participé à la dernière tournée d’un Renaud enthousiasmé par le personnage plein de verdeur et de tendresse. Jean Bart, vrai cinéaste musical, mêlé à ses harmonieuses ballades des répliques empruntées à des films.

Retour au Québec où est née la renommée de Lhasa de Sela, captivante nomade américano-mexicaine qui chante en espagnol et depuis peu en français. Elle s’est d’abord inspirée de légendes aztèques, y a mêlé ses chroniques crânes et songeuses, continue son voyage. Avec elle, la Francophonie s’élargit aux frontières du monde, hors des frontières du temps.

Karim Ouellet, auteur-compositeur-interprète québécois considérait que la chanson francophone se porte très bien : « La Francophonie est puissante, aussi bien en Europe qu’en Afrique. Les francophiles sont présents un peu partout à travers le monde. Avec la musique, les mélodies, l’énergie, on peut aller chercher et toucher les gens qui ne parlent pas français pour justement les intéresser à la langue ».