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Perspectives du partenariat de la Russie avec l’Afrique

Octobre 2023
Les observateurs les plus avertis et les plus objectifs de la scène internationale sont unanimes pour dire que le Deuxième Sommet Russie-Afrique de Saint-Pétersbourg, qui s’est tenu du 27 au 29 juillet 2023, a été un succès. En effet, malgré un contexte international tendu, consécutif à l’opération militaire spéciale en cours en Ukraine, et les pressions occidentales sur les dirigeants africains, la plupart de ces derniers n’ont pas hésité à répondre présents à l’invitation de la Russie. Le bilan de ces assises donne à espérer que les relations entre la Fédération de Russie et l’Afrique vont s’accroitre dans tous les domaines.


A ce sujet, Anton KOBYAKOV, Conseiller du Président de la Fédération de Russie, Secrétaire exécutif du comité d'organisation pour la préparation et la tenue d'événements au format Russie-Afrique a déclaré : « Pour la deuxième fois en Russie, des événements au format Russie-Afrique ont eu lieu, les discussions du Forum économique et humanitaire ont débouché sur des propositions pratiques, notamment dans les domaines humanitaire et technologique, et ont suscité un vif intérêt de la part des représentants des entreprises et de la communauté scientifique. Plus de 9 000 participants et représentants des médias de Russie et de 104 États et territoires étrangers ont cette fois pris part aux événements. Parmi les participants figurent environ 1 000 représentants d'entreprises étrangères, plus de 2 000 russes, environ 1 100 représentants de délégations officielles étrangères et plus de 750 Russes »1. Au total, 59 tables rondes ont été organisées avec la participation de 457 intervenants dans quatre domaines principaux : « Économie du Nouveau Monde », « Coopération dans le domaine de la science et de la technologie », « Sphère humanitaire et sociale : ensemble pour une nouvelle qualité de la vie » et « Sécurité intégrée et développement souverain ».


Déjà, récemment, le Ministère des Affaires Étrangères de la Fédération de Russie avait publié les chiffres de son aide aux pays partenaires africains et autres (Asie, Amérique latine), pour l'année 2017 : autour 1,2 milliard2 de Dollars US. Il s'agit, bien sûr, de l'aide octroyée aux gouvernements, mais aussi aux entreprises russes qui œuvrent sur le continent. Celle-ci a revêtu plusieurs formes : Projets d'infrastructures, aides militaires, actions sociales, aides au système de l'enseignement, lutte contre les épidémies, etc. On peut noter au sujet de l'aide russe qu'elle est dépourvue du type de conditionnalités que l'on retrouve souvent chez les autres partenaires traditionnels, et qui en déprécient ou en altèrent l’impact sur le terrain, en même temps qu'elle installe nos pays dans une sorte de dépendance structurelle incompatible avec notre légitime besoin de souveraineté.


Comme le résume si bien le Professeur Derek Elzein3 : « En dépit d’une instabilité chronique, l’Afrique est un continent convoité par toutes les grandes puissances. Parmi celles-ci, la Russie jouit de nombreux atouts face à la concurrence des autres pays. Historiquement, l’URSS entretenait d’étroites relations avec de nombreux pays du continent africain. Aujourd’hui, les domaines d’activité les plus favorables aux entreprises russes en Afrique sont ceux liés à l’exploitation des matières premières, ainsi que le domaine de l’armement. Si des transferts de technologies aux pays africains s’opèrent parfois, la crainte du terrorisme demeure forte pour les Russes et les Occidentaux. Malgré son implication dans de nombreux projets, visant notamment la maîtrise des ressources naturelles, la Russie n’est, de loin, pas le plus grand investisseur en Afrique. Enfin, la Russie participe également à l’aide au développement, par les canaux de l’ONU et à travers les programmes spécifiques d’aide à l’Afrique. Autant complémentaires que concurrents, les Occidentaux et les Russes se font face en Afrique comme ailleurs.


Beaucoup de sociétés russes ont en effet entrepris d’investir dans le développement des pays africains, au cours de ces vingt dernières années. Pour apporter la preuve de ses bonnes dispositions envers notre continent, la Russie a annulé 20 milliards de dettes des pays africains. Cela a été rappelé par le Président Poutine, au cours de la visite que le Président guinéen, Alpha Condé, a effectuée à Moscou en septembre 2017. On peut cependant noter une très grande différence d'intensité du partenariat Afrique-Russie entre la partie nord du continent et les pays sub-sahariens. En effet les échanges entre la Russie et les pays du Maghreb sont nettement plus importants que ceux avec l’Afrique noire3. Ceux-ci sont caractérisés par un commerce important (les trois quarts des échanges totaux avec l'Union africaine), de nombreux touristes et des voyages périodiques de responsables russes — par exemple, le Président Vladimir Poutine s'est rendu en visite dans quatre des six pays d'Afrique du Nord (excepté la Tunisie et le Soudan).

De manière spécifique, si les relations avec l'Algérie sont anciennes, celles avec le Maroc témoignent d'une évolution récente. Les contacts entre la Russie, le Maroc et l'Algérie se sont réellement intensifiés ces dernières années, après une période un peu creuse, il est vrai. La Russie n'a cependant pas la même histoire avec les deux pays. L'Algérie était un allié traditionnel de l'URSS, puis de la Russie post-soviétique. Le vrai retour de la Russie en Algérie remonte à 2006 avec la visite du président Poutine. Moscou avait alors décidé, là aussi, l'effacement de la dette en contrepartie de signature de gros contrats d'armements. Depuis, la relation russo-algérienne s'est densifiée. Le « petit nouveau », c'est le Maroc, qui n'est pas un ancien « pays frère » et qui est apparu récemment sur la carte des intérêts russes en Afrique. Des contacts se sont amorcés il y a trois ans, au moment même où des sanctions économiques occidentales frappaient la Russie4.



Pour ce qui est de l'Afrique subsaharienne, réunissant 49 des 55 États de l'Union africaine, c'est une tout autre histoire. Si les relations avec certains États étaient très proches à l'époque soviétique, aujourd'hui la Russie entreprend seulement des tentatives pour les relancer. Or elle intervient sur un terrain où plusieurs autres acteurs sont déjà à l'œuvre (Chine, Inde, Union européenne, USA, etc.), dans des conditions d'une concurrence accrue. Au sud du Sahara, elle peut donc compter sur l'Afrique du Sud, membre des BRICS, où les intérêts économiques russes sont importants. La Russie aimerait par exemple développer des programmes dans le nucléaire civil avec Pretoria. En Angola, en Tanzanie et au Zimbabwe, elle mise sur des investissements miniers, avec en tête les diamants, l'uranium et le platine. Et au Nigeria, qui n'est pas un pays traditionnellement tourné vers la Russie, la Russie développe une coopération sécuritaire et antiterroriste. Elle tend à développer la vente d'hélicoptères et peut-être la vente d'armes. Donc, la Russie opère un retour en Afrique, certes. Mais il est limité, au contraire de la Chine ou du Japon, gros partenaires commerciaux du continent5.


En Guinée Conakry, suite à la visite du Président Condé a Moscou, il y a eu huit accords de coopération qui ont été signés entre les deux parties. Et, dans le cadre de la réalisation de ces accords, le président Russe, Poutine, a demandé à toutes les structures russes d’enclencher immédiatement la réalisation des différents projets. Il s’agit notamment de la construction de quatre CHU (Centre Hospitalo-universitaires) à Labé, Kankan, N’Nzérékoré et à Kindia. Il a également été instruit aux autorités russes de procéder au lancement de la construction de plusieurs garnisons pour l’armée guinéenne dans le cadre de la coopération militaire. Ils vont construire trois garnisons pour la marine guinéenne et la qualification de leurs marins6.


En ce qui concerne les relations entre la Russie et la RDC, l’ambassadeur de Russie en République Démocratique du Congo (RDC), Alexey L. Sentebov, a déclaré le vendredi 9 février 2018, au cours d’une conférence de presse, que les relations russo-congolaises étaient traditionnellement amicales. « Des perspectives existent d’établir une coopération mutuellement bénéfique dans l’exploitation minière et dans l’exploitation géologique, ou encore dans le secteur énergétique et agricole ». La formation de cadres nationaux congolais dans les établissements supérieurs russes reste un maillon important du renforcement de ce partenariat. En plus, la Russie et la République démocratique du Congo, à en croire l’ambassadeur, entretiennent un dialogue politique intéressé qui s’appuie sur une perception proche des processus à l’œuvre dans le monde et sur une consonance des approches des problèmes d’actualité, y compris au sujet de la formation d’un modèle multipolaire d’ordre mondial comme étant un système plus juste et plus sûr de relations internationales basé sur la coopération dans le cadre de l’ONU et sur d’autres plateformes multilatérales7.


Le 22 mars 2017, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est entretenu avec Léonard SHE OKITUNDU, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration régionale de la République Démocratique du Congo, en déplacement à Moscou. Les deux ministres ont réaffirmé la disposition commune de Moscou et Kinshasa à intensifier leur coopération fructueuse et mutuellement avantageuse dans le domaine politique, commercial, économique ou encore social. Si sur le plan politique on peut reconnaître la solidité des liens entre les deux pays, de toute évidence, il y a encore du chemin à parcourir dans les échanges économiques et commerciaux, pour davantage donner corps au partenariat stratégique tant souhaité, de part et d'autre.


Tous les spécialistes s'accordent pour affirmer que l'Afrique noire est la partie la plus prometteuse de ce 21e siècle, et qui offre donc les meilleures perspectives pour son développement, avec ses immenses ressources naturelles, sa main-d'œuvre la moins chère au monde et son faible niveau d'exploitation actuel. Au cœur de cette Afrique noire, il y a, bien entendu, la RDC qui en occupe une des plus grandes surfaces, et qui possède un de ses plus grands potentiels. Mais pour l'heure, comme mentionné plus haut, c'est avec la République Sud-Africaine que la Russie échange le plus, faisant partie avec elle des BRICS, au sein duquel ils se retrouvent chaque année. Dans ce club informel sino-indo-russe,elle représente l'Afrique, tout comme le Brésil représente l'Amérique du Sud. L'Afrique du Sud est probablement le seul pays d'Afrique noire avec lequel la Russie réalise non seulement des projets économiques conjoints, mais entretient également une coopération politique au niveau des chefs d'État. Les présidents des deux pays se rencontrent chaque année aux forums des BRICS. Vladimir Poutine s'est rendu deux fois en visite en Afrique du Sud, et c'est le seul pays d'Afrique noire qu'il a visité8.


Proche de la RDC, il y a la République Centre Africaine, ou, « À la demande de la République centrafricaine, la Russie a accordé à ce pays une aide militaire et technique à titre gracieux ». C’est ce qu’a déclaré Artem Kojine, directeur adjoint du service de presse du ministère russe des Affaires étrangères. « Conformément à la résolution 2127 du Conseil de sécurité de l’ONU, une partie des armes d’infanterie et des munitions en provenance des stocks du ministère russe de la Défense a été livrée entre fin janvier et début février pour répondre aux besoins de l’armée centrafricaine », a annoncé Kojine. « Cinq militaires et 170 ressortissants russes ont été dépêchés sur place pour entraîner les militaires centrafricains », a-t-il poursuivi. Agissant avec l’autorisation de l’ONU, la Russie a en outre transmis entre fin janvier et début février un stock d’armes d’infanterie et de munitions à la Centrafrique, indique la même source9.


N'ayant pas un passé colonial qui a façonné les zones d'influence en Afrique des pays comme la France, le Royaume uni, le Portugal, et actuellement les autres (USA, Chine, Japon, etc.), la Russie s'appuie sur les relations personnelles qui peuvent s'établir entre les dirigeants pour mener son offensive africaine. Certes, la Russie n'investit pas encore en Afrique autant d'argent que les USA ou la Chine, mais elle a des relations aussi bien au niveau des responsables qui ont fait leurs études en URSS, qu'en hommage à l'aide que l'Union soviétique a apportée aux pays d'Afrique à l'époque. Sachant que cette aide était très diversifiée — de l'exploration géologique aux armes, du soutien sur la scène internationale à la construction d'écoles, de la formation des cadres aux projets d'infrastructure. La Russie dispose, en outre, de plusieurs atouts : le secteur énergétique, le secteur minier, la coopération sécuritaire, aéronautique et spatiale. Ce que fournit aussi beaucoup la Russie, très discrètement, à certains pays comme l'Algérie et l'Afrique du Sud, c'est de l'imagerie satellitaire militaire. Elle leur fait parvenir des images à très haute résolution de ce qui se passe à la frontière malienne et à la frontière libyenne. Dans ce domaine, il y a des choses assez pointues qui se mettent en place.10 La bonne réputation que la Russie traine derrière elle (Partenaire fiable) milite en sa faveur. De nombreuses entreprises russes — Rusal, Rosneft, Gazprom, Renova — travaillent en Afrique. L'agence Rosvooroujenie fournit des armes, Rosatom et les Chemins de fer russes réalisent des projets prometteurs sur le continent.

Il y a lieu donc, pour des pays comme la RDC, de profiter de cette main tendue de la Russie, pour faire face aux défis du développement, dans un contexte où les sanctions occidentales minent les efforts qui ont été fournis jusqu'ici dans plusieurs domaines, pour espérer nous orienter vers l'émergence à brève échéance. Il faut reconnaître que les relations actuelles de la Russie avec l'Afrique, en général, et la RDC, en particulier, gagneraient à être mieux encadrées et organisées sous la forme d'un partenariat stratégique, sur le modèle de celui de la Chine, ou de celui du japon. La tenue régulière des sommets Russie-Afrique constituerait un cadre propice à la définition des programmes indicatifs de coopération, avec des objectifs clairs pour développer l'ensemble du continent africain. On peut aussi souhaiter la création d'une agence russe pour le développement de l'Afrique qui aurait vocation à l’accompagnement des processus de régionalisation et d’évolution engagés au sein de nombreux États, à un renouvellement significatif des stratégies de développement économique des collectivités, à la sortie progressive des grands chantiers de reconversion, pour faire jouer à l'Afrique le rôle qui devrait être le sien, celui d'un vaste espace de liberté et de prospérité.