Salut! Ça va?

Éditorial

Octobre 2020
Je t’ai connue bien avant que je ne t’aie vue, Douce France.

Jeune étudiante, d’abord à travers ta langue. Je l’apprenais dans des livres, de vieux manuels soviétiques, des romans classiques, des enregistrements des poèmes majeurs interprétés par les artistes français des années 60-70 et des chansons de Piaf ou Joe Dassin.

C’était quasiment les seuls accents français authentiques que j’avais un grand plaisir à écouter pour travailler la prononciation. Surprenant, mais ces enregistrements de très mauvaise qualité sur de grosses bobines magnétiques nous passionnaient beaucoup ! Bien que pour en profiter il fallait faire un grand effort ; nos enseignants nous obligeaient d’aller dans la salle de phonétique, prendre une bande nécessaire, s’appliquer pour l’installer comme il se doit dans l’appareil et après appuyer fort sur des boutons durs ayant perdu leur « couvercles » plastiques que nous remplacions par des bouts de papier pliés plusieurs fois pour ne pas blesser nos doigts.

Ces moments nous emportaient dans l’univers enchanteur de la langue française. Nous écoutions des dizaines de fois la prose et les poésies, les apprenions par cœur en imitant avec enthousiasme les artistes français dans chaque son, en respectant chaque pause, liaison ou enchainement. Prévert, Verlaine, Musset, Anatole France… Ils nous collaient dans la mémoire à tel point que je peux vous les citer maintenant avec l’exactitude de l’original.

Nous chantions en cours de phonétique toujours les mêmes vielles chansons, et ces cours ensorcelaient tant nos jeunes esprits insouciants que je me vois toujours très bien un soir rentrant de la fac avec des copines, vociférant à tue-tête « Tombe la neige, tu ne viendras pas soir… », et rigolant à la vue des réactions stupéfaites des passants…. Un bonheur !

Je m’appliquais dans mes études ne pouvant guère réaliser que la France entrait dans ma vie pour toujours...

Je travaillais depuis déjà sept ans comme professeur quand j’ai vu Paris pour la première fois en 2005. D’abord et avant tout – Paris et ses curiosités incontournables.

Par la suite, je revenais presque chaque année grâce aux bourses pour des stages et des formations en didactique de FLE. J’ai fait des recherches en sciences d’éducation à l’IUFM du Limousin et j’ai obtenu un diplôme en Master de l’Université d’Artois sans y jamais avoir mis de pieds.

Je revenais te revoir, Douce France, aussi pour
  • me balader en vélo dans tes champs de coquelicot sur l’ile d’Oléron, dans tes vignes de Provence, à Paris ou Nice,
  • profiter des joies balnéaires de tes côtes maritimes,
  • admirer tes plus beaux chevaux sur l’Hippodrome Pompadour,
  • manger des marrons chauds à Avignon,
  • fêter un Noël en Alsace,
  • écouter des musiciens au marché de Limoges,
  • apercevoir (de loin mais de mes propres yeux !) le Président de la France au défilé du 14 juillet,
  • découvrir le Béarn et croire les Béarnais que je suis au Paradis même de la Terre,
  • goûter des huitres sur l’ile de Noirmoutier,
  • me cacher comme jadis faisaient les maquisards à l’intérieur du plus vieux chêne de la forêt de Mervent,
  • observer la production du sel dans les marais salants en Vendée,
  • visiter le Parlement Européen à Strasbourg,
  • déguster des escargots à Dijon,
  • me lover dans un des fauteuils du grand hall de l’hôtel Negresco qu’un jour avait occupé Salvador Dali,
  • voir « La petite danseuse de Degas » à l’Opéra Garnier pour seulement 10 euros depuis « le poulailler » où il fallait non seulement tenir debout mais aussi s’incliner pour profiter du spectacle,
  • m’enfuir lors des explosions du gaz lacrymogène lancé par les « gilets jaunes » sur les Champs-Élysées,
  • connaître à ne jamais oublier la force glaciale du Mistral,
  • prendre un café avec Marc Levy sur la place Trocadéro,
  • me faire beaucoup d’amis français et francophones,
  • me sentir heureuse dans mon métier, dans ma vie !

Merci, Douce France, pour ta richesse historique et culturelle, pour ta langue la plus belle du monde, pour la diversité de tes magnifiques paysages, ta gastronomie exceptionnelle, pour ton art de vivre et tes gens si chaleureux !

Dans ce numéro, nos chers lecteurs, nous avons voulu vous parler de la France à travers une mosaïque de ses villes, ses traditions, son histoire… Quelle ambition que d’aborder un sujet quasiment inabordable pour une petite revue que la nôtre, diriez-vous ! Eh bien, nous l’osons grâce à nos amis correspondants l’aimant de tout cœur, la Douce France !

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