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Hélène Boucher, la femme la plus rapide au monde

2020-10
Née en 1908 à Paris, titulaire d’un brevet de pilote en 1931, Hélène Boucher connut une brève mais exceptionnelle carrière d’aviatrice : raids, meetings aériens, haute voltige, record mondial d’altitude, records mondiaux de vitesse (aux commandes du Caudron Renault Rafale, un des plus rapides avions du moment), jusqu’à l’accident du 30 novembre 1934, où elle trouva la mort.

Première femme à recevoir un hommage national aux Invalides, décorée de la légion d’honneur à titre posthume, elle fut inhumée dans le cimetière d’Yermenonville (Eure-et-Loir).

Elle était jeune, belle, simple, d’un abord facile, et suscitait immédiatement la sympathie. Très aimée dans le milieu de l’aviation, elle était aussi très populaire auprès des journalistes, qui contribuèrent à sa renommée. Après sa mort, d’innombrables endroits et institutions reçurent son nom (rues, avenues, boulevards, écoles, collèges lycées, etc.), et son souvenir est encore vif.

L’apprentissage du pilotage

Pendant sa jeunesse, Hélène Boucher manifeste de l’intérêt pour la mécanique, la moto et l’automobile. En juillet 1930, elle est accompagnée par un ami pilote pour un baptême de l'air. C’est pour elle une révélation, et elle ne rêve plus que d’apprendre à piloter.

En février 1931, l'Aéroclub des Landes à Mont-de-Marsan lui annonce qu’une bourse sera accordée à la première femme inscrite à son école de pilotage. Hélène Boucher part pour Mont-de-Marsan et prend sa première leçon de pilotage le 21 mars 1931, à bord d'un De Havilland Gipsy Moth. Son aptitude à piloter à la fois en finesse et avec détermination se révèle très vite, et son apprentissage est rapide.

Le 21 juin 1931, Hélène Boucher passe avec succès les épreuves du brevet de pilote d'avions de tourisme, et reçoit les compliments de la célèbre pilote Adrienne Bolland (première femme à avoir survolé la cordillère des Andes en 1921).

Le premier avion d’Hélène Boucher et la préparation du brevet de transport public

Avoir son brevet de pilote, c’est bien : cela permet de piloter. C’est une étape importante pour elle. Mais une licence de pilote de tourisme ne permet pas de gagner sa vie, ce qui est l’objectif d’Hélène Boucher, par exemple en transportant des passagers payants. Il faut pour cela obtenir le brevet de transport public, en ayant accumulé cent heures de vols et l’expérience des vols de nuit.

En janvier 1932, elle achète un De Havilland Gipsy Moth de 85 CV, et commence un entrainement intensif. Elle effectue deux tours de France et de nombreux vols d’entraînement et réalise l’indispensable vol de nuit.

Et enfin, en juin 1932, elle obtient son brevet de pilote de transport public.

Le deuxième avion d’Hélène Boucher : un AVRO Avian britannique

Pour se faire connaître, Hélène Boucher a maintenant l’ambition de réaliser un grand raid, et achète un AVRO Avian 616.

Pour s’entraîner elle participe au rallye Cannes-Deauville qui a lieu en juillet 1932. Une panne de moteur l'oblige à se poser dans un bouquet d'arbres. Elle est indemne, mais l'AVRO est sévèrement endommagé et doit être expédié au Royaume Uni pour être réparé.

Elle prépare un raid Paris-Saïgon et retour, itinéraire choisi sur le conseil d’amis pilotes expérimentés. On mesure ici son audace : un tel raid n’est pas une mince affaire, elle partira seule à bord, elle n’a que vingt-quatre ans et une expérience limitée.

Le départ a lieu le 13 février 1933. Étapes à Pise, Naples, Athènes, Mouslimié près d'Alep. Le 21, départ vers Bagdad. Un sérieux problème de moteur oblige Hélène Boucher à se poser à Ramadi, près de Bagdad. Le bloc moteur est fendu et doit être remplacé. La réparation est très longue : Hélène Boucher doit renoncer à aller jusqu’à Saïgon et rentre en France, où elle arrive le 29 avril, saluée par la presse. Elle se débarrasse alors de son Avro maudit !

Premiers succès et records à bord d’un avion Mauboussin

Hélène Boucher, en juin 1933, rencontre Pierre Mauboussin qui accepte de mettre un avion à sa disposition.

Le dimanche 2 juillet 1933, elle participe aux 12 H d'Angers : l’épreuve comprend trois manches consécutives de quatre heures. Elle pilote seule, avec une passagère. Elle est la première femme à terminer cette épreuve, à la quatorzième place. Sa performance, bien que modeste en raison de la faible puissance de sa machine (60 CV), est largement saluée par le public qui lui fait un triomphe.

Le 2 août à Orly, dûment équipée pour affronter le froid polaire qui règne en altitude, elle emporte le record du monde féminin d’altitude sur avion léger, à 5.900m.

Elle avait rencontré Michel Détroyat, as de la haute voltige qui accepte de la prendre comme élève à l’école de haute voltige Morane de Villacoublay. Rendez-vous est pris pour un premier essai le 3 août.

La haute voltige

Le premier essai de voltige à Villacoublay ne la décourage pas, bien au contraire. Ses progrès sont si rapides qu’on envisage pour elle une première présentation en public dès le mois d’octobre. Le 8 octobre, à Villacoublay, Hélène Boucher fait une démonstration avec l'aviatrice plus expérimentée Vera von Bissing. Elles obtiennent toutes deux un grand succès.

Hélène Boucher décide alors d'acheter un avion adapté à la voltige, un Morane-Saulnier 230.

L’année 1934 commence donc sous les meilleurs auspices pour Hélène Boucher, et sa carrière prend une forme encore plus professionnelle. Elle a désormais un agent, Pierre Sirbain, qui lui trouve de nombreux engagements. Son agenda du printemps 1934 est particulièrement bien rempli.

Le 29 avril, à Vincennes, Hélène Boucher sur son MS 230 affronte l'allemande Liesel Bach lors d'une Coupe féminine d'acrobatie. Grand succès populaire !

Le 6 mai, elle participe au Grand Gala des Ailes Franco-belges à l'aérodrome d'Ans (Liège). Le 20 mai, elle fait une exhibition de haute voltige à Gand.

Le 27 mai elle fait une exhibition lors d’un meeting à Lisieux. Le 3 juillet, elle se rend à un meeting aérien à Bruxelles. La veille, réception à l'Hôtel de ville puis souper dansant au château de Val Duchesse, sur invitation du ministre de la défense nationale belge. Le 1er juillet, elle participe à la Grande Fête des Ailes à Anvers.

Hélène Boucher devient pilote officielle de Caudron-Renault

et la femme la plus rapide du monde

En juin 1934, Hélène Boucher se voit offrir un contrat de pilote officiel par Caudron Renault pour piloter un Rafale, avion conçu pour la vitesse par l’ingénieur Marcel Riffard.

Le 8 juillet elle participe aux 12 heures d'Angers 1934 sur un Caudron Renault Rafale de 140 CV. Elle a une passagère, qui ne pilote pas. Elle se classe deuxième derrière l'équipage Lacombe et Trivier (également sur Rafale), qui se sont relayés à deux pour piloter lors des trois manches de quatre heures. Elle bat aussi à cette occasion le record féminin et masculin de vitesse sur 1.000 km sur avion léger de première catégorie à 250,086 km/h.

Le mois d’août 1934 restera enfin dans les mémoires comme celui de tous les records de vitesse à bord du Rafale.

Le 8 août, à Istres, elle prend place sur un Caudron Renault Rafale de 310 CV.

Dès ce premier jour, Hélène Boucher bat le record international de vitesse masculin et féminin toutes catégories sur 1.000 km à 409,200 km/h, et le record international féminin toutes catégories sur 100 km à 412,371 km/h. Mais elle considère qu’elle peut mieux faire, notamment si la piste est mieux balisée, pour mieux négocier les virages. Et effectivement, dès le 10, elle s’octroie le record féminin de vitesse sur base rectiligne de 3 km à 428,233 km/h. Encore mieux, le 11 août, elle porte ce record à 445,028 km/h. C’est maintenant la femme la plus rapide du monde !

Aviatrice célèbre et comblée d’honneurs, femme d’affaires efficace, féministe et féminine, confiante dans l’avenir sans mésestimer les risques de son métier : telle est Hélène Boucher en ce début du mois de novembre 1934 qui lui sera fatal.

Novembre 1934 : les dernières lueurs d’une météorite

Le 16 novembre, commence à Paris au Grand Palais le 14ème salon de l’aviation, dont Hélène Boucher est une des vedettes. Elle doit faire une démonstration du Rafale le 1er décembre devant une délégation suisse.

Le 30 novembre, elle quitte dans l’après-midi le salon de l’aviation pour aller reprendre en main le Rafale, qu’elle n’a pas piloté depuis ses records du mois d’août à Istres. A Guyancourt le temps est mauvais, il y a du brouillard. Tout le monde lui déconseille de voler. Elle insiste et décolle quand-même.

Au moment de se poser, dans le brouillard, elle doit remettre les gaz au dernier moment. Le Rafale, instable à faible vitesse, bascule et s’écrase alors sur le sol.

Lorsque les secours arrivent, Hélène Boucher est encore en vie mais inconsciente. Elle mourra dans l’ambulance qui l’emmène à l’hôpital. Sa dépouille reçoit les honneurs nationaux aux Invalides à Paris, puis est enterrée dans le petit cimetière d’Yermenonville, village d’Eure-et-Loir où habitaient des parents.